Singalila II

Ce qui suit est la suite de ceci. This is the second part of this. Scroll for the English version people !

Quand les réveils sonnent le mardi matin, la lumière baigne déjà le dortoir, et mon corps n’est pas vraiment content. Ca tire de partout, les quinze kilomètres de la veille se font sentir et il fait un froid innommable dès que je tente de sortir de mon sac de couchage. Heureusement, je tourne la tête, et me regardent deux yeux bleus, des yeux que je connais maintenant par cœur mais qui me surprennent toujours par leur intensité. Alors, je souris et mon sourire se reflète dans le sien. Comme il est beau ce moment. Le froid n’existe plus, la douleur n’existe plus, seule existe la joie de me réveiller aux cotés de cet homme formidable. Alors après deux papouilles, j’enfile mon jogging par-dessus mon legging, et je me mets en route pour l’extérieur. Il est 5h du matin et le soleil baigne déjà Tumling de tous les cotés. La visibilité n’est pas géniale, tant pis pour la vue de l’Everest, mais il y a une certaine tranquillité dans l’air, celle d’avant le petit déjeuner, celle d’avant d’attaquer les 20 km qui nous séparent de Sandakphu. Mais tout ça, c’est pour après le petit déjeuner.
Il est encore tôt, la famille qui nous accueille dort encore, chacun son rythme après tout. La petite team de quatre joyeux lurons que l’on forme se pose autour d’une table en bois, au soleil, chacun avec un livre et ça profite de la vie gentiment. Les premiers thés et cafés sont amenés vers 6h30. A 7h30, on est appelés a l’intérieur et quelle joie de découvrir un buffet de gourmandises. Hallucination totale: des petits beignets tibétains qui peuvent se déguster avec du miel, de la confiture ou simplement avec l’aludum, des patates en dès dans une sauce épicée épaisse et grasse. Mon corps réclame du gras à tout prix, c’est bon contre le froid et ça fait d’la calorie pour le chemin. Je ne sais pas encore à quel point je vais en avoir besoin.

On lève les voiles vers 9h, et je me dis que j’aurai du embarquer un quintal de ces putains de beignets. La première partie de la journée se fait en descente douce au travers d’une garrigue. J’ai pas vraiment d’autre mot que garrigue pour décrire: c’est vert, mais vert un peu desséché. Ca change complètement de la veille où on s’est baladés dans des paysages limites irlandais ou écossais. Alasdair marche devant, et je peine en bonne dernière avec les filles entre nous. L’état de mes pieds se dégrade de minute en minute, mon ventre me fait toujours souffrir à intervalles réguliers, et mon état psychologique est catastrophique. Je me dis que je suis une grosse nulle, que je ne vaux pas un clou, que je suis lente. En gros, je me déteste tranquillement pendant la première partie de la journée, et je sens que c’est nécessaire. J’ai peur, une sorte de peur irrationnelle, mon corps me dicte d’avancer un pas à la fois car la seule perspective de devoir marcher encore plusieurs heures me tue. J’ai l’énergie suffisante pour faire le prochain pas, c’est la seule chose que je sais. Alors je regarde mes pieds, en marchant seule à l’arrière, quelques larmes de douleur physique, quelques larmes de rage contre moi-même de ne pas être instantanément la meilleure dans ce sport qu’est le trekking. Pff. Comme si tu pouvais mettre ça dans la catégorie « sport ». Et puis Alasdair finit par me rejoindre, il sent que je souffre, il sait ce que c’est et, là où moi je découvre à peine, lui est passé et repassé. Alors on joue à un jeu pour changer d’énergie, ça marche bien. Je sens que je marche un peu plus vite, mes pieds me font moins souffrir et je ne pense plus à la fin de la journée.
Au troquet de Garibans, on se prend un jus de mangue trop sucré dans une brique pas biodégradable, le tout couronné de quelques amandes et raisins, les meilleurs amis des trekkeurs. Après avoir signé le registre de l’armée disant que oui, on est bien passé par là, j’enlève mes chaussures dans une tentative d’apaiser mes souffrances. Après tout, il nous reste 13 km de montée ardue. Je colle des gros pansements anti-ampoules que je recouvre de sparadrap pour tenter de les faire tenir. (Nota bene: cette technique MARCHE. Les pansements n’ont presque pas bougés pendant les six jours suivants et mes chaussettes n’ont pas été ruinées par les compeeds ! Hosanna pour le sparadrap.) Remettre mes chaussures relève de la torture mais je commence à comprendre que ce n’est que l’affaire d’une vingtaine de minutes avant que la souffrance se mélange à la norme de mon état physique et que mon corps n’en fasse plus vraiment cas.
Au pied de la montée ardue qui nous attends, je tente de débriefer avec Alasdair mon état psychologique, qui varie énormément et c’est pour le moins fatiguant. Je lui explique à quel point le trekking est une bonne métaphore pour la vie, chose qu’il m’avait déjà dit, mais je me sens obligée de lui dire à quel point il avait raison. Ce truc de un pas à la fois, c’est totalement ça. Si je regarde le haut de la montagne, j’ai juste envie de me rouler en boule et d’attendre qu’on vienne me chercher; mais si je regarde mes pieds, un pas à la fois, et ben étonnamment je finis par arriver en haut. Tout ça me perturbe, je sens mon cerveau en pleine ébullition en même temps que mon corps est obligé de lâcher-prise, obligé parce que l’alternative du lâcher-prise n’est ni plus ni moins que la mort. Il faut avancer, sinon tu meurs, mais tu ne peux pas avancer en te concentrant sur le but alors avance juste un pied après l’autre et ça va le faire. Bon, bien entendu, y’a aucun risque de mort réelle hein, c’est juste une manière d’exprimer ce qui se passe de manière primaire, primitive dans le cerveau reptilien; j’ai pas de meilleurs mots pour exprimer le flot d’hormones que je reçois dans la tronche en ce deuxième jour de trek. Alors on parle, on parle, on parle. Les filles sont loin devant avec le guide, et on parle de tout et de rien avec Alasdair, la conversation est fluide et m’emporte. On croise des mecs avec des chevaux, on a la chance de voir un panda roux sauvage (!) et puis au détour d’une falaise, on arrive dans le village de Kali Pokhari où Bouddha a déjà commencé à éplucher des patates avec une vieille femme népalaise. Le déjeuner est en cours de préparation.
J’enlève mes chaussures, et considère sérieusement le fait le faire une sieste, mais ça serait du suicide ! (voyez, j’aime bien utiliser des mots forts haha). Mon cerveau se débranche jusqu’à l’arrivée de la nourriture, un petit bénédicité vite fait et on se jette comme des chacals sur le tout. J’ai rarement eu aussi faim de toute ma vie, ça fait un bien fou. Une fois les ventres pleins, on prend une petite quinzaine de minute pour digérer et il est temps de passer à l’étape compliquée: remettre les chaussures. La procédure devient de plus en plus simple pour moi, et je commence à comprendre que tout n’est qu’apprentissage dans un trek et à fortiori dans la vie. Cool.

La portion qui nous sépare de Sandakphu fait environ 7 km, ce qui en soit est pas énorme, mais on se prend 600 mètres d’altitude dans la gueule. Alasdair décide de partir en tête, et étonnamment les filles et moi on a le même rythme toute l’aprèm. Bouddha est pas loin devant et on se balade dans des petits villages trop mignons à base de bébés chèvres se baladant dans les montagnes en criant joyeusement, rhododendrons en fleurs, brume mystique et montée pas si ardue que ça. Enfin. Jusqu’à un point seulement. A un moment donné, t’es juste obligé d’arrêter de parler, et de compter tes pas. Pour ma part, je compte jusqu’à 8 puis je repars de 0. Comme un prof de danse. Jo compte jusqu’à 200 et fait une pause à 80. Chacun son style. Les escaliers sont d’une violence sans nom et quand je mets le pied sur le sol plat de Sandakphu, mes pieds ne sont plus qu’une montagne de souffrance, de brûlures et de chair à vif. Je suis à 3636 mètres d’altitude.
Bouddha, qui a désormais compris le genre d’endroits où on veut dormir et le genre de prix qu’on est prêts à mettre, nous amène vers une petite bicoque et nous ouvre la porte d’une chambre absolument hilarante. Un gigantesque lit, pouvant aisément contenir quatre personnes et des couvertures de partout. ON PREND ! Malheureusement, aucun signe d’Alasdair qui pourtant devrait être là depuis un moment. Après une heure de calme et de rationalisation de la situation, suivie de trois quart d’heure d’angoisse irrationnelle, Bouddha apparait dans l’encadrement de la porte de la bicoque suivi par un Alasdair en sueur et épuisé. Le gars avait pris à gauche quand nous on a pris à droite, et s’est baladé coté népalais pendant un bon moment avant de comprendre qu’il avait merdé. HA HA. Pauvre petit. Lui qui avait pour projet de camper à Sandakphu, la force qui lui reste lui permet uniquement de se changer et se blottir dans son sac de couchage sur le lit que l’on a déjà rebaptisé « le lit des grands parents de Willy Wonka ». Appellation qui s’est vérifiée un peu plus tard quand, pour cause de touristes indiens squattant la salle à manger, Bouddha a amené une table dans notre chambre pour nous servir le dîner. #LIFE
A 20h, toutes les lumières sont éteintes, et il a été spécifié à Bouddha qu’il ne réveille que si le ciel est clair et la visibilité excellente.
Au petit matin, ce sont de nouveaux les yeux bleus du rouquin qui me réveille. La visibilité n’étant pas concluante, Bouddha nous a laissé dormir tout notre saoul et ça fait du bien. Après un petit déjeuner au lit composé d’omelettes pour mes trois compagnons, et de pain grillé pour moi (le deal étant :je refile mon omelette à Alasdair qui ne mange pas de gluten et il me refile son pain puisque je ne mange pas d’omelette – MEILLEUR ARRANGEMENT EVER), Bouddha nous fait comprendre gentiment qu’il faut sortir du lit maintenant et continuer à marcher. Dommage, j’aurai bien passé quelques heures de plus à lire sous la couette …

Ce troisième jour de marche est le plus flou de tous. Mes pieds, mon corps tout entier ont fini par se rendre, au prix de ma présence mentale. Je suis là sans être là, je parle mais rien de s’imprime réellement dans mon cerveau et tout est dur. Mes jambes sont fatiguées et, même si le chemin est relativement plat, la moindre petite montée est compliquée. Avec Alasdair, on papote de tout et de rien en regardant les troupeaux de chevaux nous passer devant. Les paysages s’enchainent de nouveau sans logique aucune: les steppes désertiques aux arbres calcinés laissent place à une végétation verdoyante et toute en floraison. Quand mes pieds n’en peuvent plus, je vois Bouddha qui se dirige vers un troquet en nous disant « Lunch, lunch ». Il ne m’en faut pas beaucoup plus pour gagner 500 points sur l’échelle de la joie – quand je vous disais que voyager ainsi réduit les besoins et augmente de ce fait le bonheur ! Sauf que deux minutes plus tard, il ressort du troquet, la mine déconfite: « il y a beaucoup d’indiens en train de manger, et il n’y a plus de riz. » PLUS DE RIZ ? On se casse d’ici ! Bon ok, un petit thé, mais après on se casse. Le temps pour moi de changer de chaussettes, et Bouddha nous annonce qu’on ne peut pas rejoindre Phalut ce jour-là, parce que le même groupe d’indiens va à Phalut et a déjà réservé la totalité des chambres disponibles dans ce lieu. Il nous faut donc dormir à Molley, c’est un peu à l’écart du trek mais à 3 kilomètres a peine, en descente.
On se dit qu’on a pas trop le choix, et on bouge direction Molley. L’occasion d’encore une bonne discussion avec Alasdair sur la vieillesse et la mort (sympa comme sujet de conversation non ?). Quand on arrive à Molley, les filles sont déjà installées sur des lits simples plantés dans une petite chambre à 4 lits. C’est cosy, c’est confortable et, puisqu’il n’est que 14h, il fait chaud ! Bonheur. Le déjeuner est préparé avec amour et on mange de nouveau comme des gros chancres. C’est toujours du riz, des patates et du dal, mais putain, putain, c’est toujours un régal. Un petit thé au gingembre, et nos sacs de couchages nous appellent pour une sieste de gros amplement méritée. Et quel bonheur d’avoir le temps de se laisser sombrer dans le sommeil en milieu d’après-midi, quel bonheur pour mon petit corps de n’avoir pas eu à marcher les 20 kms prévus initialement mais seulement 14 petits kms. On apprend à se contenter de peu en trekkant: une chambre pour nous quatre avec des toilettes -à la turque- propres rien qu’à nous, un repas chaud et un après midi entier à glander, MAZETTE, Molley je t’aime.
Une petite balade au soleil couchant et au retour, emmitouflés dans nos sacs de couchage, Alasdair et moi on se pose avec un bouquin. Mais le silence dure peu de temps: j’ai besoin de partager avec lui à quel point c’est dur 1) de trekker et 2) de trekker avec lui. La discussion n’apporte pas de solutions, de toute façon, je n’en cherchais pas, mais elle me fait du bien. Je me rends compte que je ne suis pas dans la tolérance vis-à-vis de moi-même, plutôt l’inverse. Je me flagelle beaucoup au lieu d’accepter, et c’est un cercle vicieux que j’ai du mal à enrayer pour le transformer en cercle vertueux. Il me donne ses astuces de méditation, parce que au final, mettre un pied devant l’autre en suivant un chemin, c’est ni plus ni moins que de la méditation, et c’est bien pour ça que c’est difficile. Les ampoules, les jambes fatiguées, c’est rien comparé à l’échantillon d’émotions que tu ressens en une journée, voire même juste en une heure. Et même si on te prévient que le trek c’est comme ça, tu oublies, et tu t’attaches à chaque émotion qui te traverse alors qu’il faut juste la laisser te traverser justement. Quand je lui partage toutes les émotions que je traverse, il me regarde d’un air las et me dit « tu sais, les choses que tu ressens en trekkant, faut pas les prendre au sérieux. » Je me sens d’abord frustrée mais en réalité, il a raison. C’est l’attachement à chaque émotion qui est fatiguant, pas les émotions en elles-mêmes.
Je comprends pas mal de chose, et ma récompense me parvient sous la forme de Bouddha qui tape à la porte en criant « MA’AM ! DINER ». Bonheur, encore et toujours. [La suite au prochain article]

Toutes les photos non-créditées de cet article ont été prises par Alasdair Plambeck ©

Singalila Trek
La garrigue himalayenne/ The Himalayan garrigue
Singalila Trek
Rhododendrons, rhododendrons, rhododendrons.
Singalila Trek
La vue depuis l’excursion hors piste d’Alasdair/ The view from Alasdair’s off-trail excursion
Singalila Trek
Steppes aux arbres calcinés après Sandakphu/ The burnt up steppes with weird-trees after Sandakphu
Singalila Trek
Les filles explorent le vide/ Girls exploring the emptiness
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Nos jambes refusent d’avancer/ Our legs refuse to go any further/ Crédit photo: Jo.
Singalila Trek
Collage bleu sur fond bleu avant Molley / Blue on blue before Molley

When the alarms go off on the tuesday morning, sunlight already floods the dorm, and my body is really not happy. My muscles are sore, we definitely walked fifteen kilometers yesterday and it’s cold as fuck as soon as I try to go out of my sleeping bag. Thankfully, I turn my head to the side, and there, looking at me, are two blue eyes, eyes that I know all too well by now but somehow they always end up surprising me by their intensity. I smile, and my smile is reflected in his. How beautiful that moment is. The cold no longer exists, the pain no longer exists, only joy of waking up next to that amazing man remains. After a little awkward wormish cuddle session, both in our own sleeping bag, I put on my longjohns on top of my leggings, and I walk outside. It’s 5 am and Tumling is already bathing in the morning sunlight. The visibility is not great, so much for the view of Everest, but there’s a certain tranquillity in the air, the one that comes before breakfast, before the 20 km separating us from Sandakphu. But all of this, is for after breakfast.
It’s still early and the family that hosts us is still asleep, everyone has their own rythm after all. Our little team of four then decides to grab chairs and chill on the outside table, mountain-sunbathing, each with a book. The first coffees and teas arrive in front of us around 6.30 am. At 7.30 pm, we get called Inside and oh my god, you should have seen that buffet of gorgeous food: small tibetan deep fried bread that you can have with honey, jam or simply with the aludum, small pièces of potatoes soaking in a spicy and oily sauce. My body wants and needs the fat, it’s good against the cold and it’s just that much more calories for the trail. I have no idea how much I’m gonna need it.

We set off around 9 am, and after 10 metres, I’m already thinking I should have packed a dozen pound of those fucking deep-fried little breads. The first part of the day is going downhill through a slightly dry landscape. In french we call it garrigue, and that’s the only word that I have to describe the kind of dried green that surrounds us right now. It’s totally different from yesterday when we were walking up in almost irish or scottish landscapes. Alasdair is walking in the front and I’m struggling far behind everyone else, the girls walking in between us. The state of my feet is degrading with every passing minute, my stomach is still aching with an outstanding regularity and my psychological state is catastrophic. I’m telling myself that I’m a lousy trekker, that I’m worth nothing, that I’m slow. All in all, I spend the first part of my day loathing myself, and I feel that it’s necessary. I’m afraid, a sort of irrationnal fear, my body is telling me to walk one step at a time because the sheer thought of having to walk a few more hours is killing me. I have enough energy to make the next step, it’s the only thing I know. So, I just look at my feet, walking alone at the back, a few tears of physical pain, a few tears of self-hate for not being instantly the best at this sport that is trekking. Pff, what a load of bullshit, as if you could put trekking into the « sport » category. After a while Alasdair joins me in the back, he can feel that I’m aching, he knows what it is. And, the things I’m only discovering, he’s been through over and over. So we play a game to change the energy in the air and it works well. I’m already moving a little faster, my feet are not hurting as badly as before and I’m not thinking about the end of the day.

At Gariban’s watering hole, we get ourselves a way-too-sugary mango juice that’s packaged in a non bio-degradable pack, and a couple of raisins and almonds, the trekker’s best friends. After signing the army large notebook to say that yes, we were here, I take off my shoes in an attempt to ease my sufferings. After all, we still have 13 km of steep climbing to do. I put on plasters that I ensure with sport tape. (Nota bene: this technique WORKS. The plasters almost didn’t move throughout the next 6 days, AND they didn’t ruin my socks. Hurray for sportstape). Putting my shoes back on is almost torture but I’m starting to understand that it’s only a matter of twenty minutes before the pain blends in with the norm of my physical state and before my body doesn’t care anymore.

At the foot of the steep climb, I try to talk with Alasdair about my psychological state which is varying a lot and the fact that it is, to say the least, exhausting. I try to explain how trekking is a good metaphor for life, which is something he already told me before, but I feel obligated to tell him how much he was right. This one step at a time thing, it’s fucking bang on. If I look at the top the mountain, I just want to curl in a ball on the floor and wait for people to come and get me; but if I look at my feet, one step at a time, oddly enough, I manage to get to the top. All of this is really confusing for me, I feel my brain bubbling at the same time that my body is forced to let go, forced because the alternative is nothing but death. You have to keep walking, otherwise you’re dead, but you can’t do this if you focus on the goal, so you just keep walking, one foot after the other and it’s all going to work out. OKAY. Of couuurse, there’s no risks of actual death duh, it’s just a way to express what is happening on the primal level in my reptilian brain; I don’t have better words to talk about the flood of hormones that my brain is throwing in my face on this second day of trek. And so we talk, talk, talk. The girls are far in front with the guides, and with Alasdair we chat about everything and nothing, the conversation is easy and kind of takes me away. We cross path with guys driving horses, we see a wild red panda (!) and then, after a big cliff, we set foot in the small village named Kali Pokhari where Bouddha is already peeling poatoes with an old nepalese woman. Lunch is in the making.

I take off my shoes once more and, for a moment, seriously contemplate the idea of taking a nap, but I realise quickly that this would be suicide (see, I like using strong words haha). My brain unplugs itself until the food comes, a small grace is said and we throw ourselves on the food like coyotes. I’ve rarely been this hungry throughout my whole life and it feels amazing. Once the bellies are full, we give ourselves a little fifteen minutes digestion break and it’s time to go through that complicated process of putting the shoes back on. Although, the process seems to be getting easier and easier for me, and I’m starting to realise that everything is just a learning process, whether in a trek or in life. Cool.
The portion of trail that separates us from Sandakphu is around 7km, which is failry short, but we do have 600 metres of altitude to gain. Alasdair decides to walk ahead at his own pace, and surprisingly enough, the girls and I end up having the same rythm all afternoon and walking along with Boudda. We go through super cute villages made of baby goats running in the mountains, their cries echoing around us, blossoming rhododendrons, eerie mist and not-so-steep climbing. Well. That is, up to a certain point. Because there comes a point where the only thing you can do, is count your steps. As for myself, I count up to 8 and start again, like a dance teacher. Jo is counting to 200 and pauses at 80. Everyone has its style. The stairs leading up are a rare breed of monsters and when my feet touch the flat floor of Sandakphu, they are just a rotting pile of aching and suffering, of burning and raw skin. I am at 3636 metres of altitude.
Bouddha, who by now understands the type of places where we want to sleep and the type of prices we’re willing to pay, takes us to a small house -shed would be a better word- and opens the door to an hilarious room: a gigantic bed which can easily fit 4 people and plaids and blankets everywhere. WE’LL TAKE IT !
Unfortunately, no signs of Alasdair who should already be here. After an hour of patience and rationalisation of the situation, followed by 45 minutes of irrationnal anxiousness (OH MY GOD HE FELL DOWN A CLIFF/ HE SPRAINED HIS ANKLE AND WILL DIE OF HUNGER), Bouddha appears through the door followed by a sweaty and exhausted Alasdair. The guy took the left turn when we took the right and ended walking in Nepal for a while before realising he fucked up. HAHA. Poor lil boy. His project of camping in Sandakphu went to shit when all the strengh he could summon after his day only allowed him to change into dry clothes and bundle up into his sleeping bag onto the bed we had already called « Willy Wonka’s grandparents bed ». The name was verified later when, because of indian tourist squatting the living room, Bouddha brought a table in our room to serve us diner. #LIFE.
At 8 pm, all the lights are off, and we specified to Bouddha to wake us up only if the sky is clear and the visibility excellent.

Early morning, it’s again the redhead’s blue eyes that wake me up. The visibility was not great, Bouddha let us sleep as long as we wanted and it feels nice. After a breakfast in bed made of omelets for my three companions and toasts for me (the deal being: I give my omelet to Alasdair who doesn’t eat gluten and he gives me his share of bread because I don’t eat omelet – BEST DEAL EVER), Bouddha pushes us gently out the door and on the trail. That’s too bad, I would’ve loved to read a little while longer under the covers …

That third day on the trek is the most blurry of all. My feet, my whole body have surrendered; at the cost of my mental presence. I’m here without really being here, I talk but nothing really sets in my brain, and everything’s hard. My legs are tired, and even though the trail is relatively flat, the tiniest little hill to walk up is torture. With Alasdair, we talk about everything and nothing while watching the herds of horses pass us by. The landscapes change once again without any logical linking in between then: desertic steppes with burned up trees are followed by a lush, green and blooming vegetation. When my feet really can’t take it anymore, Bouddha walks towards a place all while saying « Lunch, lunch ! ». There’s nothing I like to hear more than that and I gain 500 points on the happiness scale – when I was telling you that travelling lowers your need and ups your happiness !
The thing is, two minutes later he comes out of the place with a weird face : « there’s a lot of indian people eating there and they have no more rice. » NO MORE RICE ? We’re outta here. Alright alright, I‘ll have a ginger tea, but then we’re outta here. Just enough time for me to change my socks and Bouddha announces us that can’t reach Phalut today, because that same indian group is going thereand already booked all the available beds. We then have to sleep in Molley, a little village off the trail but only 3 kilometres away and downhill.
We realise that we don’t really have a choice and we set off in direction of Molley. That small walk gives place to a super interesting discussion with Alasdair about aging and dying (nice fun topic right ?). When we arrive in Molley, the girls are already sitting on their beds in a small 4-bedroom dorm. It’s cosy, comfy and, because it’s only 2 pm, it’s hot ! Happiness.

Lunch is prepared with love and once again, we eat like big fat coyotes. It’s always rice, potatoes and dal, but man, oh man, it’s always delicious. A small ginger tea and our sleeping bags are calling us for a well-deserved fat nap. And what joy it is to have the time to sleep in the middle of the afternoon, how happy my little body is that it didn’t have to walk the forcasted 20 kms but only a mere 14 kms. I’m learning to be happy with less while trekking: a four-bedroom dorm with a clean squat toilet just for us, a hot meal and a whole afternoon of doing-nothing-ness, WOA, Molley I love you !

A small walk in the setting sun and when we get back, all bundled up into our sleeping bags with our books. The silence only lasts for so long: I feel the need to share with him how hard it is 1) to be trekking and 2) to be trekking with him. The conversation brings no solution, I wasn’t looking for one, but it feels nice. I realise there and then that I’m being the opposite of kind with myself on this trek. I’m indulging in a lot of self-loathing instead of just accepting what is, and it’s a vicious circle that I find hard to stop and transform into a vertuous one. He shares with me his meditation tips, because, after all, putting one foot in front of the other while following a path is nothing more and nothing less than meditation, and this is precisely why it is so hard. The blisters, the tired legs, it’s nothing compared to the sample of feelings that you experience in one day, or even just an hour on the trek. And even if people warn you and tell you about that happening, you tend to forget and you tend to get attached, and offer resistance to every emotions going through you when you should just allow it to let it go through you, duh. And when I’m sharing with him all the feelings I’m going through, he looks at me, a little bit weary, and tells me : « you know, the feelings you get while trekking, you shouldn’t take them too seriously ». I first feel frustrated at that thought, but suddenly realise, he’s right ! It’s me getting attached to the feeling, and offering resistance to them, that makes it tiring, not the feelings themselves.
I understand a lot that night in Molley, and my reward comes in the form of Bouddha, knocking on the door, yelling: « MA’AM ! DINER. ». Happiness, again and again. [Next episode on the next post. TAM TAM TAAAM] [That was the cliffhanger music, like it ?]

All the non-credited pictures in this post have been taken by Alasdair Plambeck  ©

4 thoughts on “Singalila II

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