Singalila III

Lis la partie un et la partie deux avant de lire ça si c’est pas déjà fait. Read part one and two before reading this if you haven’t done it yet. Scroll for the english version people !

On prend notre temps le lendemain. Les corps sont reposés, les esprits sont apaisés, et tout le monde est d’attaque pour les 24 kms qui nous attendent aujourd’hui. Une première étape à Phalut pour monter au plus haut sommet de ce trek puis une descente vertigineuse direction Gorkhey dont on a entendu beaucoup de bien en investiguant ce trek. Mais, un pas à la fois.
Je passe la première partie de la journée, seule à l’arrière, juste pour le plaisir de pouvoir chanter à tue-tête des chansons Disney et des chansons de Moulin Rouge. Je pense beaucoup à Flo, ça me mets du baume au cœur, et j’ai une énergie débordante. Cette partie de la journée, bien que montant de manière ardue entre les rhododendrons, passe à une vitesse folle, et avant que j’ai pu réaliser que je suis en train de marcher, je pose mon cul dans l’herbe à coté d’Alasdair à Phalut. Bouddha nous prépare du thé que l’on boit en regardant la vue quand des sons de cloches nous interpellent: du haut du sommet: des yaks coiffés et endimanchés descendent à toute vitesse. La veille, un festival de yak se préparait dans les steppes aux arbres calcinés, et ceux-là doivent être attendus, ce qui ne les empêchent pas de faire une petite pause pour brouter l’herbe particulièrement tendre de la base du Singalila Peak. C’est le moment qu’on choisit pour marcher le kilomètre et demi qui nous sépare du plus haut sommet qu’il m’ait été donné de gravir. Le moment relève encore et toujours du surréalisme, comme la plupart des moments de ma vie. Les yaks, les copains, le rouquin et 3670m d’altitude. Une photo, des sourires, et une pause où chacun s’isole pour contempler. La visibilité n’est pas excellente mais c’est un merveilleux endroit pour être avec soi-même. Je vis mon truc, et Alasdair vit le sien. C’est parfait. On se retrouvera après, quand ça aura du sens. Pour l’instant, c’est à vivre seule. Les dizaines de kilomètres pour arriver ici, et savoir que ce n’est pas une fin en soi, qu’après ce moment, d’autres kilomètres nous attendent, d’autres moments. Depuis ce matin, je chantonne la chanson de Thomas O’Malley des Aristochats, et une phrase reste collée à la paroi de mon encéphale. Quand j’vois la chance passer, j’lui fait signe du doigt. A quoi bon s’préoccuper du ch’min que j’dois emprunter ? Où qu’il veuille aller je saurai l’aimer, aussi n’allez pas vous inquiétez pour moi. Et c’est vraiment ça. Où qu’il veuille aller, je saurai l’aimer. Le problème n’est pas le chemin, c’est d’apprendre à trouver l’Amour dans chaque chemin. Je suis assise sur un rocher à 3670 mètres d’altitude, j’observe avec attention le chemin d’une minuscule araignée rouge se baladant sur le lichens et la mousse sèche et j’essaye de voir les choses avec ses yeux, de ressentir à travers elle. C’est à ce moment-là que je comprends tout ça, chaque chemin a du sens. Où qu’il veuille aller, je saurai l’aimer.

La descente vers Gorkhey se fait dans la joie et la légèreté. Des petits grêlons nous tombent dessus en début d’après-midi et au fur et à mesure que l’on perd de l’altitude, se transforment en pluie d’abord fine puis épaisse. On descend à flan de montagnes, petit chemin enchanteur entouré de bambous et la terre sur laquelle on marche devient progressivement de la boue. Les k-ways sont de sortie, je me rends compte que je n’ai pas de pantalon waterproof – voilà une chose à rajouter sur ma liste de shopping pour les prochains trek. Parce que oui, à ce moment-là, je sais déjà que je suis accro à cette activité. Chacun son style de trek, et je ne connais pas forcément encore le mien, mais c’est une certitude: celui-là est le premier d’une longue série. La pluie finit par s’arrêter alors que l’on sort de l’épaisse foret de sapins pour tomber nez à nez avec la contrée. Mais si, La Contrée, The Shire ! Le Seigneur des Anneaux. Des cultures simples en terrasse le long de la vallée qui descend, une rivière qui court en torrents au milieu de tout ça et un vert, un vert hallucinant, le vert d’après la pluie. Les nuages descendent le long des sapins d’une taille ahurissante. Le paradis est à nos pieds. Les gens n’avaient pas menti, Gorkhey n’est pas un endroit où on peut passer seulement une nuit. Des petites familles accueillent les trekkeurs, et nous on tombe sur une perle. Deux petites chambres doubles, des couvertures utiles pour des températures enfin plus clémentes – on a perdu 1300 mètres d’altitude en quelques heures, nos genoux sont en compotes et nos vêtements sont trempés. On décide le soir-même de payer Bouddha pour une journée en extra. Il est impensable de quitter cet endroit le lendemain matin. Une des meilleures décisions de ma vie.
Le dîner qui nous est servi ce soir-là est une des meilleures choses que j’ai mangé de ma vie: du riz, des pommes de terres et des feuilles de choux cueillies dans le potager de la famille cuisinées avec amour, un dal à tomber par terre et des papad frites – fines galettes croustillantes de pois chiches aux épices. Les lits sont mous et les couvertures douces, il y a même une petite douchette dans les toilettes. Alasdair et moi, on est obligés de se pincer pour vérifier qu’on n’est pas en plein rêve. Les 3 premiers jours de ce trek prennent tout leur sens. Autant physiquement, parce que mon corps est enfin lancé dans cette activité et y trouve son compte, que géographiquement, parce que ce lieu n’est accessible que par la randonnée, aucune route ne vient ici. Et je ne parle pas du bénéfice spirituel et psychologique des ces premiers jours de trek dont honnêtement je n’ai pas encore mesuré l’ampleur même une fois de retour à la civilisation: les leçons se distillent lentement et qui peut vraiment dire si le trek est le professeur ou le catalyseur de leçon reçues précédemment ?

Le réveil dans ce lieu est incroyable. Les yeux bleus, les sapins, les lits confortables et la certitude qu’on reste au même endroit du matin jusqu’au soir, je sais déjà que cette journée va être formidable. Un thé nous est servi au lit par un Bouddha tout sourire de se prendre une journée de repos. Chacun a ses envies pour cette journée bonus, Jo part faire des photos de la rivière depuis le pont, Sarah dévore son livre tranquille sous ses couvertures, Alasdair part en direction de la rivière en contrebas avec un livre et moi, je vais papoter avec les chèvres. Comme la route ne vient pas jusqu’à Gorkhey, le village est presque entièrement indépendant. Chaque famille possède des chèvres pour tondre l’herbe de temps en temps et des vaches pour le lait et, par conséquent, le beurre. Des coqs gueulent à toute heure de la journée à qui veut bien l’entendre, qu’il fait jour. Merci le couz, on avait compris. Des poulettes se baladent entre les plants de pommes de terres, mangent les quelques vers qui s’aventurent sur les pousses de petits pois encore jeunes et quelques chats à demi-sauvages jouent à cache-cache entre les feuilles vertes de choux. Les plants sont tous en fleurs, et les couleurs sont hallucinantes, des fleurs oranges poussent sous notre fenêtre, tandis que des violettes parsèment le chemin jusqu’à la rivière. Les petits pois ont revêtus leurs petites fleurs blanches qui complimentent si bien le vert de leurs tiges; le chou a préféré le jaune poussin pour bien se faire voir et des minuscules fleurs bleues s’étalent en tapis à nos pieds à chaque pas. Quelques chevaux se baladent à flans de montagnes, du coté Sikkim de la rivière et broutent nonchalamment l’herbe grasse et encore humide de la veille. Après mon tour chez les chèvres pour nourrir le bébé que j’ai nommé Jacqueline Junior (puisque sa mère s’appelle Jacqueline, comprenez), je repasse par notre petite chambre pour faire un baluchon avec ma serviette de bain, celle d’Alasdair, du savon et des vêtements propres. Le soleil baigne le rocher sur lequel Alasdair est installé et je déballe les choses. Je ne me laisse pas trop le temps de réfléchir, ce coin est désert à part lui et moi, alors c’est le moment: je me déshabille, mets le savon à proximité de l’eau et rentre à la manière d’un chien dans l’eau glacée qui vient des glaciers de l’Himalaya. Il est 10h du matin, le soleil est parfait, et le froid de l’eau pique ma peau. Le savonnage se fait en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et je m’enveloppe de ma serviette en sortant. La différence ce température entre l’eau et l’air est telle que j’ai instantanément chaud. Je reste ainsi un moment avant de me rhabiller, ce qui tente Alasdair à faire de même. Il crie que l’eau lui fait mal et on rigole comme deux gamins pendant que je me rhabille. Après ce genre de douche, tu peux soulever des montagnes. Je rentre au bercail en passant par un petit pont bancal, et je lis au soleil en attendant le déjeuner. Les chats cohabitent avec les poules et je suis amoureuse de cet endroit.

Après la sieste d’après le déjeuner, Alasdair et moi partons nous balader au soleil couchant. C’est joli, un des chiens du village que j’ai déjà croisé le matin, et nommé Jean-Jacques, se pose juste derrière nous alors qu’on a une discussion forte en émotions (quand je vous dis qu’on aime bien causer de trucs vrais ! Essayez, c’est vraiment cool !). J’aime bien ce qu’il se passe. On se décide à aller boire un thé quand on croise, dans une des guesthouses du village, un couple que l’on avait déjà croisé à Tumling le premier soir sans vraiment leur parler. On finit par boire notre thé avec eux, la discussion d’avant m’a pas mal fatiguée mais je suis heureuse de voir Alasdair échanger avec un mec de son cru, ça parle avec des mots que moi j’utilise pas trop, mais qui prennent beaucoup de sens. Ca parle de communauté, de lieu d’échanges entre êtres humains, un sujet qui touche le rouquin particulièrement puisque son dernier job était dans ce domaine là. Alors que je ne dis rien mais que j’écoute beaucoup, je comprends que le concept de communauté est au centre de ma vie. Je comprends que les gens ont besoin de ça, tous, parce que ça n’existe plus. On quitte nos villages et nos maisons familiales pour aller faire des études et travailler dans des grandes villes impersonnelles, on ne va plus à l’Eglise parce que la science a trop de poids et la religion perd du terrain. Résultat: il n’y a plus un endroit dans le monde moderne et occidental où il est possible de se réunir en groupe et de parler des vraies choses, des émotions, de ce qui nous touche. Cette conversation à Gorkhey avec Alex, Laura et Alasdair, un soleil couchant d’avril, me bouleverse tellement que lorsque je rentre dans notre chambre, j’attrape mon carnet pour y écrire simplement COMMUNITY. Je n’ai pas d’autres mots, je n’ai pas d’autres idées, mais ce concept doit grandir dans ma tête. J’ai quelque chose à faire avec ça. Alea jacta est.

Le soir, à table, on annonce aux filles et à Bouddha qu’ils peuvent partir demain, mais que nous, on va rester un jour de plus, si tout le monde est ok. Bouddha est ok, preuve que le guide n’est vraiment qu’une formalité pour ce trek, et les filles sont contentes. Pour notre dernier repas tous ensemble, Bouddha a fait des frites. J’ai crié quand il les a posées sur la table. Cette dernière soirée tous ensemble est délicieuse. On prend notre temps pour boire notre thé digestif. La vie est douce.

On se dit au revoir après un petit déjeuner de petits pains tibétains et d’aludum. La pluie a recommencé, et malheureusement pour les filles et Bouddha, elle ne cessera pas vraiment de la journée. On passe notre matinée au lit, à lire et discuter. Une sieste s’impose de nouveau après le déjeuner (où des frites nous ont été servies de nouveau ! Cri guttural !), et à notre réveil la pluie s‘est calmée. L’occasion d’aller explorer une partie inconnue du village où réside des canards (mes animaux préférés après les chats, je suis comme une ouf), et où un chien absolument adorable et court sur pattes nous suit un moment: je la baptise Evelyn. C’est cool de se balader dans la forêt après la pluie. Avec Alasdair, on rêve, on parle communauté, ferme indépendante, vie en rapport avec les saisons. C’est juste doux. Bonheur.

Notre diner est servi après le passage d’un groupe d’indien qui aura eu le mérite de nous faire découvrir le tongba. Ca sent l’alcool, Alasdair est curieux et commande une de ces choses: dans un récipient en forme de petite barrique, du millet fermenté est disposé et une paille en bambou sort du tout. De l’eau bouillante est amenée séparément et il nous est dit de verser l’eau sur le millet, de laisser infuser une dizaine de minutes et de consommer. Je n’ai pas bu d’alcool depuis presque un an parce que je n’en avais pas envie, mais cet alcool m’intrigue, y’a des arômes de vin, ça sent l’acidité et en même temps c’est rond. Étrange. Le gout l’est tout autant, mais c’est plaisant. L’avantage de cet alcool, c’est qu’il suffit de rajouter de l’eau bouillante, jusqu’à épuisement du gout. Donc pour résumer, c’est l’alcool avec le plus grand rapport qualité/prix du monde. TADAAAAA. MAGIE ! Alcool sans fin ! C’est donc légèrement pompette (voire pas mal pompette pour ma part) que l’on part rejoindre les bras de Morphée sous nos couvertures molletonnées. Gorkhey, tu nous as encore vendu du rêve !

Le lendemain, un soleil éblouissant nous réveille comme pour nous dire « hé les gars, aujourd’hui est un jour parfait pour marcher ». On est assez d’accord avec lui, c’est pour ça qu’on fait joyeusement nos sacs en attendant notre petit-déjeuner de champions: aludum, chapati et omelette pour le sieur rouquin. Je ressens de la joie à l’idée d’enfiler de nouveau mes chaussures et de marcher un peu. Et putain, j’ai raison. Les paysages sont juste dingues: forêt tropicale a base de grosse rivière, de bambous gigantesques, de petits plans de chanvre poussant à la sauvage (je dis chanvre parce que rien de ce qu’on a trouvé n’était fumable, y’avait que les jolies feuilles nervurées, j’en avais jamais vu de mes yeux vu et c’était cool). Il fait bon, ça sent l’île de la Réunion à plein d’endroit, et puis les cigales locales s’en donnent à cœur joie, c’est limite si je sens pas le pastaga et les cacahuètes arriver.
Bon bien entendu, la seule chose qui a fini par arriver est un joli petit thé noir (Darjeeling représente) dans la bourgade de Ramam. Ici aussi, on se fait pote avec un chien, que je nomme Jean-Pierre (les noms absurdes pour les animaux c’est ma spécialité). Il nous suit jusqu’à la sortie du village, comme une petite escorte sympathique. Et la descente commence à travers les cultures en terrasse de pommes de terre et petits pois. Ici les petits pois sont presque arrivés à maturité alors on en choppe une cosse pour gouter: MAZETTE comme c’est bon, sucré, goutu et bio. La vie, la vraie. Le spectacle de la descente est magique, des dizaines de petits villages s’étalent à différentes altitudes, les couleurs des toits sont complimentés par le soleil qui éclaire la vallée de tout son pouvoir. Il est 13h30 quand on arrive au bord de la rivière, dans le village de Sri Khola où une petite mamie népalaise nous prépare un festin en moins d’une demi-heure. On se goinfre comme des enfants affamés (je suis pas loin de la réalité en disant ça, déjà une bonne dizaine de kilomètres dans les pattes avec seulement deux chapatis dans le coco, OUAIS j’ai faim !).

La fatigue due au tongba nous tombe dessus après le repas et on hésite à rester dormir dans ce village. La route est juste à coté, c’est pas super inspirant comme endroit alors on décide de se bouger le cul et de partir vers le dernier point du trek: Rimbick. On suit la route qui serpente, un autre chien nous escorte (Jean-Louis) jusqu’à un certain point puis nous lâche et au bout d’une heure et quart, on arrive à la Tenzig Lodge, toute de bleue peinte, un peu avant la ville de Rimbick qui semble être bien plus imposante que tous les petits villages mignons qu’on a croisé jusqu’ici. On est trop fatigués pour se plonger tout de suite dans le bain de la ville, on pose donc nos sacs dans le petit dortoir de cette jolie guesthouse – encore une fois, un dortoir où l‘on est seuls. La patronne, qui parle un anglais presque parfait et tient sur ses hanches une jolie petite bébé fille aux yeux bridés, nous informe qu’il y a une douche avec de l’eau chaude (!!!) et que oui, après demande d’Alasdair, il est tout à fait possible d’avoir deux tongbas d’ici une heure.
Il est 16H30, je m’affale sur un des lits simples dont le matelas est ferme mais existant. Et je commence à réaliser. Que je viens de faire 90km étalés sur 5 jours de marche. Que je vais prendre une douche chaude pour la première fois depuis deux mois. Que l’homme à coté de moi m’aime et que je l’aime. Et c’est compliqué de pas avoir encore une fois les larmes aux yeux devant tant de bonheur.
La douche est merveilleuse même si la pression du jet d’eau est inexistante, et parce qu’on a pu faire une mini-lessive à Gorkhey, j’ai des fringues propres à me mettre (#besoinssimples). On se pose, propres et fatigués, dans la salle à manger où les tongbas nous sont servis presto. Je distribue les cartes pendant qu’Alasdair recouvre le millet d’eau bouillante, et on enchaine les parties de gin rami en échangeant sur la beauté de notre situation. Les tongbas aidants, on est tous les deux dans l’émotion de tout ça. Et c’est joli.
Le repas est fantastique et le dodo l’est tout autant. Il est 6h30 pétante quand le conducteur de jeep klaxonne devant la guesthouse; il avait dit 7h mais tant pis, on se bouge le cul et on saute à l’arrière en remerciant une dernière fois la jolie dame de la guesthouse pour son accueil. Le trajet va s’avérer être épuisant: 4h30 de routes de montagne tortueuses à l’arrière d’une jeep bondée puis 30 minutes de bouchons à l’entrée de Darjeeling, retour à la civilisation fatiguant ! Un crochet par Sonam’s Kitchen pour une galette de pommes de terre et on remonte péniblement les ruelles en direction de notre petit havre de paix. Notre chambre est toujours intacte, Grandma et Grandpa sont super contents de nous revoir. En fermant la porte de notre chambre derrière nous, on peut pas s’empêcher de se faire un high five pour célébrer l’entièreté de l’aventure.
Ça fait 2 jours qu’on est revenus. On a revu Victor et les filles aussi. On a lu nos mails et il m’a fallu un aprèm entier pour répondre à tous, ça me touche toujours autant qu’autant de gens m’envoie de l’amour par écrit comme ça, toujours ce truc de devoir me pincer pour être sure que c’est la réalité.

Comme je disais plus haut, c’est compliqué de compiler tout ce que j’ai appris sur ce trek. Mais peut-être que la partie la plus importante a eu lieu le deuxième jour, juste avant d’attaquer la première vraie montée en direction de Sandakphu. Je venais de dire à Alasdair sur le ton de l’humour que j’avais hâte de retrouver les seaux d’eau chaude qui nous servent de douche à Darjeeling. Il m’a regardée amusé en disant « Oh, come on ! C’est pas pour ça qu’on trekke ! ». Et je me suis rendue compte à ce moment-là. Que je n’avais pas la moindre idée de pourquoi je trekkais. Toutes les réponses étaient valables: les paysages, les discussions, l’exercice physique, le grand air, les villages de montagnes, que sais-je encore ?
Après cinq jours d’un premier trek, toutes ces réponses se valent dans ma tête. Mais je crois que celle qui prime, c’est celle-ci: la raison qui fait que j’aime trekker, c’est justement parce qu’il n’y a absolument aucune raison. Je vous laisse méditer là-dessus.
A la prochaine histoires les gros ! Je vous aime !

Toutes les photos non-créditées de cet article ont été prises par Alasdair Plambeck ©

Singalila Trek
Yak qui envoie du bois/ Badass yak in Phalut
Singalila Trek
The dream team. Altitude: 3670m.
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Meditation tout en haut / Meditation at the top/ Crédit photo: Jo
Singalila Trek
La gamine en moi contente d’arriver dans la Contrée/ The little girl in me happy to be arriving in the Shire
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Le Paradis/ Heaven/ Crédit Photo: Jo
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Nan mais sérieux, vous y croyez à cet endroit vous ?! / No but seriously, can you believe this place ?!/ GORKHEY/ Crédit photo: Sarah
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Rouquin & Rocher/ Redhead and Boulder/ Crédit photo: Jo
Singalila Trek
Trop beau pour être vrai ? Ha ha !/ Too good to be true ? Yeah right !
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Laisser la marque de notre douche dans la rivière/ Leaving a trace of our shower in the river
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Faut-il vraiment des mots ?/ Do we really need words ?
Singalila Trek
Bonheur/ Happiness/ Crédit Photo: Sarah
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Bouddha aide nos chaussures à sécher/ Bouddha helps our shoes to dry/ Crédit Photo: Jo
Singalila Trek
Balade après sieste/ After-nap walk
Singalila Trek
La vue depuis notre chambrette/ The view from our little room
Singalila Trek
Nan mais sérieux ?!/ Oh COME ON !
Singalila Trek
Luxuriant de Molley à Rimbick/ Lush from Molley to Rimbick
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Jean-Pierre qui nous escorte à la sortie de Ramam/ Jean-Pierre escorting us outside of Ramam
Singalila Trek
Dernier jour de trek/ Last day on the trek

We take our time the following day. The bodies have rested, the minds are at peace and everyone is up for these 24 km awaiting us today. A first stop at Phalut to go to the highest Peak of this trek, and then a long steep downhill portion to Gorkhey about which we’ve heard a lot of good while reaseaching this trek. But one step at a time.
I spend the first part of my day, alone at the back, just for the pleasure of singing Disney and Moulin Rouge songs at the top of my lungs. I think a lot about my best friend Flo, it warms up my heart and I’m full of energy. That part of the day, even though a steep climb in between the rhododendrons, goes by very fast; and before I can even realise that I’m walking, I’m sitting my ass down in the grass next to Alasdair in Phalut. Bouddha prepares some tea that we end up drinking looking at the view , when all of a sudden, a large racket of bells gets our attention: from the top of the Singalila Peak, dressed-up yaks are descending at full speed. The previous day, we had learnt that a yak festival was in preparation in the burnt up steppes, and those guys must be awaited, which doesn’t stop them from having a little grass-eating break at the foot of the Peak.
And this is the moment that we choose to walk the kilometre and the half separating up from the highest peak I’ve ever climbed. That moment is, once again, a pretty surreal one, as are most of the moments of my life. The yaks, the girls, the redhead and 3760m of altitude. A picture, a couple of smiles and a break when everyone isolates himself to comtemplate. The visibility is not excellent but it’s a wonderful place to be with myself. Alasdair is living is thing, I’m living mine and we’ll meet up afterwards, if it still makes sense. For now, I have to experience this alone. The dozens of kilometres to get here, and knowing that this is not an end on its own, that after this moment, other kilometres are awaiting, other moments. Since this morning, I’m singing the Thomas O’Malley song from the Aristocats, and one sentence seems to be stuck to my brain.When I see luck passing by, I wave at it. Why worry about the path that I’ll take ? Wherever it wants to go, I’ll learn how to love it, so oh no don’t worry about me. (This is probably not the English version lyrics but remember I was raised in France and Disney movies were in french !) And that sentence says it all. Wherever it wants to go, I’ll learn how to love it. The problem is not in the path, it’s in learning to find Love in every path. I’m sitting down on a boulder at 3670m high, I’m observing thoroughly the path of a small red spider as it walks through the dry moss, and I try to see things through its eyes, to feel through its feelings. It’s at that moment exactly that I realise all of this, that every path has a meaning. Wherever it wants to go, I’ll learn how to love it.
The way down to Gorkhey is filled with joy and lightness. Small bits of hail fall onto us at the beginning of the afternoon, and as we make our way downhill, it changes in a, first thin and then heavy rain. We’re descending on the mountain road, small wonderful path surrounded by bamboos and the earth we’re walking on slowly turns into mud. Waterproof jackets are out, I realise I don’t have waterproof pants – here’s a thing to add to my shopping list for the next treks. Because, yes, at this moment, I already know I love this activity. Every trekker has his style, and I’m not even sure I know mine, but what is certain is that this trek is he first one of a long serie. The rain finally stops as we come out of the thick pine tree forest, allowing us to encounter the shire. You know, the Shire, from the Lord of the Rings ! Terrace fields of simple food all the way down the valley, a strong river running fast in the middle and a green, a surreal green, the post-rain green. Heaven at our feet. People didn’t lie, Gorkhey is simply not a place where you can stay only one night. Families welcome the trekkers and we find the most amazing one (not that I checked to be honest !). Two small double-rooms, blankets useful for finally nicer temperatures – we went down 1300m in a few hours, our knees are fucked up and our clothes are soaked. We decide that same night to pay Bouddha for an extra bonus day. It’s impossible to leave this place the following morning. Best decision of my life.
The diner that we eat that night is one of the best things I’ve ever ate: rice, potatoes and cabbage leaves coming from the family garden and cooked with love, a drop-dead tasting dal and fried papad – thin spiced chickpea crackers. The beds are soft and the blankets fuzzy, there’s even a little shower head for the bum in the western toilet (HEAVEN I TELL YA !). Alasdair and I have to pinch each other to check that we’re not dreaming. The first three days of the trek finally come into meaning. On a physical level, because my body is finally getting used to this activity and likes it, but also on a geographical level, because this place is not accessible by any road, you have to walk here. And I’m not even talking about the spiritual and psychological benefits that I got from those first days of trekking because honestly I still haven’t seen the bigger pictures even after coming back to civilisation: the lessons are slowly sinking in my mind and who can tell if the trek was the teacher or merely the catalyst of previously taught lessons ?

Waking up in this place is incredible. Blue eyes, pine trees, comfy beds and the certainty that we’ll stay in the same place until the following morning, I already know that this day is gonna be an awesome one. A tea is brought to us in bed by a chirpy Bouddha, smiling at the thought of a paid day off. Each one of us has his desires for this bonus day: Jo goes off to photograph the river from the bridge, Sarah reads her book, chilling under the blankets, Alasdair goes down in direction of the river with a book and I’m gonna have a chat with the goats.
Because the road doesn’t come all the way to Gorkhey, the village is almost entirely sustainable. Each family owns goats to eat the grass from time to time and cows for the milk, and of course, butter. Roosters yell all day long to let us know it is daylight. (Thanks bro, we got it.) Hens walk around in between the potato plants, eat the few worms who dared going on the still young pea plants, and a few semi-wild cats play hide-and-seek between the green cabbage leaves. All the plants are flowering, and the colors are out of this worlds; orange flowers are growing right under our window and violets are everywhere on the way to the river. The peas have put on their fancy little white flowers which are working so well with the green of the stem, the cabbage prefered a bright yellow and tiny little blue flowers carpet the floor at each step. A few horses walk along the Sikkim side of the mountain, accross the river, and eat the tender and still wet from the rain grass.

After going by the goats to feed the baby one that I named Jacqueline Junior (you see, because her mom is called Jacqueline), I go back to our room to prepare a little bag with my towel, Alasdair’s towel, soap and clean clothes. The sun highlights the boulder on which Alasdair is reading, one toe in the water, and I take out the things. I don’t let myself too much time to think, the place is empty apart from him and me, so it’s the right moment: I undress myself, put the soap next to the water and enter the icy cold river -the water comes from an Himalayan glacier- in a particulary classy dog style. It’s 10 am, the sun is perfect et the cold of the water pickles my skin. I lather myself in less time than I need to say it, and I wrap my towel around me as I go out. The difference in temperature between the water and the oustide air such that I’m instantly hot as I step out. I stay this way for a while before I get dressed again. Alasdair decides to do like me. He yells that the water is hurting him as he enters the river, and we laugh our asses off like a couple of kids while I’m putting my pants on. After that king of shower, you can move mountains.
I head home walking on a very unstable little bridge, and I read in the sunlight while waiting for lunch. Cats are living in harmony with the hens, and I’m in love with this place.

After our mandatory afternoon nap, the redhead and I go out to walk in the setting sun. It’s beautiful, one of the village dogs that I already met this morning and named Jean-Jacques, comes behind us and lie down next to us while we’re having an emotion-loaded conversation (I’m telling you people, talking about real stuff is amazing, you should try it more often !). I love what’s happening. We decide to go and get a tea when, at one of the village’s guesthouse, we run into a couple that we met in Tumling the first night, without really talking to them. We end up having our tea with them. The previous conversation with Alasdair drained a lot of energy from me so I’m not really talking but I’m really happy to see Alasdair chat with a like-minded dude, they use words I hardly ever use but all of it makes sense for me. And then they talk about community, about a place to exchange with other human beings, a topic that moves the redhead a lot because he used to work in that field. And while I’m saying nothing and listening a lot, I understand that the whole concept of community is at the center of my life. I understand how much people need it, everyone is craving it, because it doesn’t exist anymore. We left our villages and our family homes to go study and work in big impersonnal cities, we don’t go to Church anymore because science exists and religion is losing field over it. And as a result, there’s no more places in our modern and western world to just gather and talk about the real things, the emotions and what moves us. This conversation in Gorkhey with Alex, Laura and Alasdair, on an april setting sun, moves me so much that when we get back to our room, I just grab my notebook and write : COMMUNITY. I have no other words, I have no other ideas, but the concept must grow in my mind. I have stuff to do with that. Alea jacta est.

That night, around the dinner table, we announce to Bouddha and the girls that we want to stay an extra day in Gorkhey. Bouddha agrees to leaving us behind, proof that a guide is just a formality on this trek, and the girls are happy for us. For our last meal all together, Bouddha made french fries. HOME GROWN POTATO FRENCH FRIES ! I screamed when he brought them to the table. This last night is amazing. We take our time, sipping our tea after the meal. Life is sweet.

We say good bye to each other after a breakfast made of aludum and small tibetan bread. The rain is back on, and sadly for the girls and Bouddha, it will not really stop throughout the day. We spend our whole morning in bed, reading and chatting. A nap happens again after lunch (FRENCH FRIES HAPPENED AGAIN !) and when we wake up, the rain is lighter. We go out to explore an unknown part of the village where ducks turn out to be living (my favourite animals after cats, I’m like a little girl !) and where a short legged super cute dog walks with us for a while, I name her Evelyn. It’s fun walking in the forest after the rain. With Alasdair, we dream, we talk about community, sustainable farming, living according to the season. All is sweet. Happiness.

Our diner is served after the coming of a group of indian tourist which led to us discovering tongba. It smells like alcohol, Alasdair is curious and orders one: a big mug comes along full of fermented millet and topped with a bamboo straw. Hot water is brought separately and the guy tells us to pour the water onto the millet and let it sit for ten minutes before drinking. I haven’t had an alcoholic drink in almost a a year because I didn’t get the craving but this alcohol is too intriguing to pass on, it smells acidic but it’s also round. Weird. The taste is also weird, but it’s pleasing. The strong point of this alcohol is that when your mug is empty, you just have to add more hot water until the taste disappears. So, to sum up, this is the alcohol with the best quality/price ratio I’ve ever come across: ALAKAZAM, MAGIC, bottomless alcohol ! We’re both a little buzzed when we go back to our two single beds pushed together (ah love !). Gorkhey, you are amazing.

The following day, a blazing sun wakes us up as if to say « guys ! Today is a good hiking day ». We agree with that, and this is the reason we pack our bags happily while our breakfast is being cooked: aludum, chapatis and omelet for the redhead. I feel joyful when I slip into my hiking shoes again, I’ve missed it, I wanna walk. I was right, the landscapes are just amazing: tropical lush forest composed of a fat river, gigantic bambooks, small plants of weed growing freely (never saw that before, I’m happy !) . The temperature is perfect, this reminds me of Reunion Island where I grew up, and when the local ciccadas start chirping happily, it’s like being in the south of France, where are the Pastis and the peanuts ?
Instead of Pastis and peanuts, we get a cup of black tea because this is Ramam, a small village in the Darjeeling area and not the south of France ! Here too we make friends with a dog, I call him Jean-Pierre (absurd names for animals is one of my specialty). He follows us until the outskirts of the village, like a nice little escort. And we start to go downhill surrounded by terrace fields of potatoes and peas. Here the peas are almost ripe, so we grab one to taste: OH MY GOD, it’s so good and fresh and sweet and tasty. This is life. The show we experience going downhill is amazing, dozens of small villages are glued onto the mountain in front of us, the colorful houses are even more beautiful with the sun shining on the valley.
It’s almost 1.30 pm when we arrive next to the river, in the small village named Shri Khola, where an old nepalese Grandma cooks us a feast in less than half an hour. We stuff ourselves like starving children – I’m not far from reality in calling us that, almost a dozen of kilometres hiked this morning with only two chapatis in my belly, I’M HUNGRY.
The tiredness that we owe to the tongba reaches us after the meal, and we discuss the possibility of staying for the night here. But this village is right next to a road and it doesn’t feel like an inspiring place so we decide to get our asses moving to the next -and last- town of this trek: Rimbick. We follow the asphalt road, another dog escorts us (Jean-Louis) until a certain point and then leaves, and after an hour and fifteen minutes, we reach the Sherpa Tenzing Lodge, all blue, a little before the actual town of Rimbick. Perfect, we put our bags down in the dorm of this cute guesthouse – once again, we’re alone in the dorm. The owner, a sweet lady who speaks impeccable English and who’s holding a cute baby girl on her hips, informs us that there is a hot shower (!!!) and that, yes, after Alasdair’s asking, two tongbas will be ready in about an hour.

It’s 4.30 pm when I lie down on one of the single beds with a firm but comfy mattress. And I start to realise. That I’ve just walked 90 kms in 5 days. That I’m about to take a hot shower for the first time in two months. That the man lying in the bed next to bed loves me and that I love him. And, frankly, it’s hard not to have my eyes watering when I’m contemplating this amount of happiness.
The shower is fantastic even though the pressure was inexistant, and because we managed to do a mini-laundry in Gorkhey, I have clean clothes to wear (#simpleneeds). We sit down, clean and tired, around the living room table where the tongbas await us. I shuffle the cards while Alasdair pours the hot water onto the millet and we go through an infinite amount of gin rami games while discussing how beautiful all of this his. The tongbas working their magic, we’re both pretty moved. And it’s nice.
The meal is fantastic and the sleep too. It’s 6.30 am when the jeep drivers honks in front of the guesthouse, even though he said 7 am. So much for a quiet breakfast, I gulp the last of my tea rapidly, we pay the lady and we jump at the back of the jeep. The way to Darjeeling will turn out to be really exhausting: 4h and a half of windy mountain road in the back of a crowded jeep followed by 30 minutes stuck in traffic getting into Darjeeling – returning to civilisation is hard ! A quick detour by Sonam’s Kitchen for a hashbrown smothered in ketchup and we walk the steep road up to our little haven. Our room is still there, Grandma and Grandpa are happy to see us again. When we close our bedroom door behind us, we can’t help but high five the hell out of this adventure that we just finished.
We’ve been back for two days. We saw Victor and the girls again. We read our emails, it took me a whole afternoon to answer everyone, it always moves me a lot to see that all those people are sending me love via writing. I often have to pinch myself.

As I was saying before, it’s hard to compile all the things I’ve learnt on this trek. But maybe the most important part of it happened the second day, just before starting on the steep climbing in direction of Kali Pokhari. I had just said playfully to Alasdair that I couldn’t wait to be back in Darjeeling to enjoy a hot-water-bucket shower. He looks at me, a little amused, and said « Oh come on ! This is not why you’re doing this ! ». And I realised at that moment. That I had no idea why I was trekking. Every answer was possible: the landscapes, the discussions, the physical exercise, the open air, the mountain villages, what else ?
After five days of a first trek, all those answers are true. But I think that the one that I prefer, the one that fits right now, is this one: the reason that makes me love trekking, is precisely because I have absolutely no reason to do it. I’ll let you meditate on this one.

See you for the next story lil’ ones ! I love you !

All the non-credited pictures in this post have been taken by Alasdair Plambeck  ©

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