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Une caravane dans la forêt.

Un énième gland tombe de son arbre avec force et vélocité sur le toit de ma maison. Je sens que l’automne approche à grand pas.
Nous devons encore finir notre salle de bain pour pouvoir s’y doucher bientôt. Les douches au tuyau d’arrosage dehors deviennent de plus en plus fraîches mais je chérirai pour toujours cette simplicité toute nue que nous avons vécue grâce à elles.

Le soleil est de plus en en plus bas sur l’horizon et le marronnier, que j’ai vu devenir vert à une vitesse alarmante il y a quelques mois, a déjà perdu presque toutes ses feuilles. Je passe sous ses belles branches tous les jours lorsque je me dirige vers mon atelier de menuiserie improvisé. Il y a toujours un lézard ou deux allongés au soleil qui détalent dans les feuilles mortes dans un vacarme assez improbable pour de simples petits lézards.

J’ai vécu dans plein d’endroits différents dans ma vie mais jamais je n’ai eu la sensation aussi claire des saisons qui passent que dans cette forêt landaise. Le déroulement de la vie se passe là, sous mes yeux, et je ne peux rien faire pour l’arrêter. Nous avons manqué quasiment tout l’été puisque nous étions en visite outre-atlantique dans la Californie natale d’Alasdair. La nature en France n’a rien à voir avec cette nature sauvage dans grands espaces américains.

C’est amusant cette manière dont la Vie m’amène à la Nature. Avec simplicité et comme une évidence, ma connexion aux petits insectes, aux feuilles mortes et aux gros nuages lourds dans le ciel se fait un peu plus grande chaque jour. C’est facile pour moi parfois de me laisser emporter à des choses à faire, des listes à cocher, des progrès à faire, surtout en pleine rénovation d’un lieu de vie. Alors je marche vite et déterminée, ne pensant qu’à mon projet du moment, la découpe de telle étagère ou tel tasseau, le vernissage du bureau. Souvent je poursuis dans ce mouvement, et c’est bien. Et puis des fois, comme un miracle se produit. Je relève la tête, et le ciel est teinté de rose et d’or, le soleil se couche à l’horizon à travers les pins naissants dans les terres alentours. Mon pas se ralentit, peut-être même que je fais un détour pour voir ces couleurs magiques un peu mieux. Le rythme implacable de la Nature a ça de bon qu’il me rappelle que je peux aller vite si je veux, si c’est le bon moment, mais que la Vie ne s’accélère pas pour autant. Les fougères qui ont poussé à leur rythme soutenu au printemps se parent désormais de marron aux racines et meurent, à leur rythme aussi. Il y a une lenteur, une grandeur dans la marche de la Nature que certaines parties de moi comprennent aisément et que d’autres aimeraient la transcender. C’est vraiment beau à observer tout ça.

 

Aah. Ca fait bien longtemps que je n’ai plus écrit ici, je suis désolée d’avoir délaissé ce lieu mais cela m’était nécessaire un temps. Parfois, j’avais l’impression d’écrire dans le vide. Parfois, j’avais l’impression d’être trop lue. C’était bien de faire une pause. Je me suis réveillée ce matin avec le besoin d’écrire. Je me rends compte que j’ai plein de choses à raconter mais ça aussi ça a son propre rythme il faut croire.

Je me suis réveillée ce matin avec le besoin d’écrire, de vous donner des nouvelles, de vous dire que je suis heureuse, que la Vie est belle et complexe et puis que c’est très bien comme ça.

Ah et tiens, voilà quelques photos des derniers mois.

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Venice Beach, Los Angeles
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Ventrée végane à Fishhawk Lake, Oregon.
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Vue depuis Cloud’s Rest, 3027m, Yosemite, Californie
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Camping après longue journée de marche, Yosemite
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MacGee Lake, Yosemite
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Câlin avec un séquoia géant vieux de 3000 ans, Yosemite
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Lovée dans un Red Wood géant à Del Norte, Californie
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Notre humble demeure qui change de jour en jour. 

Et toi, tu vas comment dis ?

Present –

English is down below and you know it !

J’ai eu envie d’écrire, et puis j’ai écrit. J’ai écrit et ça m’a menée à plein d’endroits, à plein de réflexions que je n’aurai pas eu autrement. Mais je n’ai pas eu envie de publier. Trop brouillon, trop pour moi, trop peu lisible pour un lecteur derrière un écran. J’ai essayé de rendre les choses lisibles, mais ça n’a pas pris. J’écris pas comme ça moi. J’écris comme je parle, je peux pas retravailler. Ca vient ou ça vient pas, un point c’est tout.

Telle que je vous écris, je suis sous mon ventilateur dans mon petit bungalow. L’océan Indien est à 3 minutes à pied, je suis à Arugam Bay, au Sri Lanka. Anciennement ville de pécheurs, maintenant spot de surf mondialement connu. Le surf, j’m’en fous un peu. Je trouve ça sexy, mais en ce moment, j’ai zéro envie de consacrer du temps à l’apprentissage de cette discipline où tu passes le plus clair de ton temps à te battre contre l’océan. Pas mon délire actuel.

Mon délire actuel, c’est passer du temps avec moi. La vraie moi. Celle que j’ai si peu entrevue tout au long de ma vie. Y’avait toujours des gens à qui plaire et des projets dans lesquels se jeter. Et puis l’alcool et la weed et les clopes et les soirées et les restos et les films et les séries et la bouffe. Toujours un truc qui me tenait en retrait de moi.

Ça va faire trois semaines qu’on est posés ici avec le partenaire rouquin, et clairement, je me suis pris la vraie moi dans la tronche. Sans m’y attendre, pensant que tout allait glisser tranquillement, j’ai été une boule d’angoisse, les émotions au bord des yeux en permanence et le cerveau en ébullition. Je ne sais pas quand ça s’arrête d‘ailleurs, si ça s’arrête un jour.

C’est cet état que j’ai toujours fui à grands coups de projets, de travail, de joints et bien d’autres choses encore. C’est mes besoins à moi que j’ai toujours fui en pensant à ceux des autres en premier. Un ami m’a demandée il y a quelques mois, « comment écouter des demandes qui sont pas là te permet de ne pas écouter des demandes qui sont là ? ».
Je comprends peu à peu, qu’une vie de service ne peut être menée qu’en commençant par se demander: quel service je peux me rendre à moi d’abord ? Et que, contrairement à ce que je pensais, c’est pas une question à laquelle je peux répondre une bonne fois pour toute. Ma personne, mes besoins, mes envies ne s’effaceront pas un jour. Je n’atteindrai pas la paix, un jour, lorsque tous mes besoins seront comblés. Je n’atteindrai pas la paix, parce que la paix, c’est le chemin, pas la destination bon sang. Parce que la paix, c’est un choix de tous les jours.

Quand je me sens juger une émotion qui survient, je fais une pause, et j’essaye d’inviter et l’émotion, et son juge, à s’asseoir avec moi. J’essaye de les accueillir avec le sourire, en paix.
Quand je sens une tension dans mon estomac alors que je fais quelque chose, je fais une pause, et j’écoute ce qui a besoin d’être écouté. Pas pour trouver une solution, pas pour faire disparaître la sensation. Juste pour écouter.
Quand je sens une envie de pleurer, je fais une pause et je laisse les larmes couler. Sans chercher à comprendre, sans chercher à apaiser. Juste comme j’accueillerai un voyageur dans une maison d’hôte.

Le chemin est long, et la paix est à chaque pas. Et si je veux aimer, t’aimer toi, nous aimer tous inconditionnellement, je dois commencer par moi. Il n’y a rien à guérir, rien à atteindre, rien à rechercher.

Je ne peux pas empêcher la vie d’exister, surtout pas celle qui existe au fond de moi.

«  Être humain, c’est être une maison d’hôtes.
Tous les matins arrive un nouvel invité.

Une joie, une dépression, une méchanceté,
une prise de conscience momentanée vient
comme un visiteur inattendu.

Accueillez les tous et prenez-en soin!
Même s’ils sont une foule de chagrins,
qui balaient violemment votre maison
et la vident de tous ses meubles,
traitez chaque invité honorablement.
Peut-être vient-il faire de la place en vous
pour de nouveaux délices.

La pensée sombre, la honte, la malice,
rencontrez-les à la porte en riant,
et invitez-les à entrer.

Soyez reconnaissants pour tous ceux qui viennent,
parce que chacun a été envoyé
comme un guide de l’au-delà. » -Rumi.

AMOUR.

Lecteur chéri, si ces mots t’ont parlé, fait des choses, donné de l’émotion ou à réfléchir – diffuse les. Les histoires sont faites pour circuler et ça me ferait chaud dans le cœur.


 

I wanted to write, so I wrote. I wrote and it lead me to many different places, many different thoughts that I wouldn’t have had had I not written. But I didn’t feel like putting any of it here. Not clean enough around the edges, almost only for my own thinking, not suitable for a reader behing a screen. I’ve tried to rework some of the pieces, but I didn’t work. I just don’t write like that. I write like I talk, I can’t rewrite. It comes, or it doesn’t, and that’s just how it is.

I’m writing to you from under my fan, in my little bungalow. The Indian ocean is 3 minutes away, I am in Arugam Bay, Sri Lanka. Up until a few years ago, it was a small fisherman’s village, it is now a world-renowned surf spot. I don’t really care about surfing. I find it sexy but these days, I do not feel like spending my time learning a discipline where,  at least in the beginning, you spend most of your time fighting the ocean. Not my mood right now.

My mood right now, is spending time with me. The real me. This person I’ve so rarely seen in my life. There were always people to please and projects to get to. And alcohol, and weed, and cigarettes and parties and restaurants and movies and tv shows and food. Always something to keep me away from me.

Almost three weeks here, with the redheaded partner, and clearly, the real me hit me like tornado. Without warning, and while I was thinking this was all gonna be easy-breezy-peazy, I became a ball of anxiety, my emotions right beneath the surface at all time and my brain, boiling. I don’t know when it stops by the way, if it stops one day.

This was the reality I had so carefully tried to avoid all my life, with projects and jobs and joints and so many more things. My needs were what I was trying to flee from, when I was catering for other’s needs. A friend asked me a few months ago: « how does listening to needs that don’t exist allows you to not listen to needs that exists ? ».
I’m slowly understanding, that a life of service can be lead  only if I start by asking: what can I give myself first ? And contrary to what I used to believe, it’s not a question that you can answer once and for all. Me, my needs, my wants, won’t go away some day. I won’t achieve peace, one day, when all my needs are fulfilled. I won’t achieve peace, because peace, is the way, not the destination dammit. Because peace is a choice you have to make everyday.

When I feel myself judging an emotion that arises, I pause, and I try to invite that emotion, and its judge, to come and sit with me. I try to welcome them with a smile, in peace.
When I feel a tension in my stomach while doing something, I pause, and I listen to what needs to be listened to. Not in order to find a solution, not in order to make the sensation go away. Just to listen.
When I feel the need to cry, I pause, and let the tears roll down. Without trying to understand, without trying to soothe. Just, in the same way I would welcome a traveller in a guesthouse.

The path is long, and peace is every step. And if I want to love, to love you, to love all of us unconditionnally, I have to start with me. There is nothing to heal, nothing to achieve, nothing to look for.

I can’t keep life from happening, especially not life that’s happening inside of me.
« This being human is a guest house.
Every morning a new arrival.

A joy, a depression, a meanness,
some momentary awareness comes
As an unexpected visitor.

Welcome and entertain them all!
Even if they’re a crowd of sorrows,
who violently sweep your house
empty of its furniture,
still treat each guest honorably.
He may be clearing you out
for some new delight.

The dark thought, the shame, the malice,
meet them at the door laughing,
and invite them in.

Be grateful for whoever comes,
because each has been sent
as a guide from beyond » -Rumi

LOVE.

Dear reader, if those words spoke to you, did something to you, gave you emotions or stuff to think about – spread them. Stories are meant to be spread and it would make my heart feel warm.

Chère Paris,

[Scroll down beautiful english reader]

« Et moi, je vois tout comme de belles histoires. Si je n’en vois pas la fin, c’est que mon histoire n’est pas encore prête à être racontée. » (Garance Doré)

« Tu ne le verras probablement pas aujourd’hui ou même demain, mais tu regardera en arrière dans quelques années et tu sera absolument perplexe et impressionné par la manière dont toutes les petites choses se sont ajoutées les unes aux autres et t’ont amené à un endroit merveilleux — peut-être même là tu as toujours voulu être. Tu sera alors reconnaissant que les choses ne se soient pas passées comme tu l’avais voulu jadis. » (Anonyme)

Chère Paris.
Je t’écris aujourd’hui parce que mon cœur n’en peut plus. J’ai du attendre que les larmes roulent sur mes joues pour pouvoir enfin t’écrire, mais je suis prête maintenant.
Il y a un an pile poil, j’étais avec toi, je venais de terminer mes cartons et j’avais l’illusion d’avoir réussi à te dire au revoir. Et voilà que je réalise que l’histoire n’était pas finie, et qu’elle se termine avec cette lettre.

Je t’ai détestée, aimée, adorée, quittée, retrouvée un nombre incalculable de fois. On a passé 7 ans ensemble et tu m’as tellement apportée.
L’indépendance, d’abord. Ah, la joie, le bonheur immense de rentrer chez soi bourrée à 2h du mat’ sans personne pour me voir dans cet état là. La satisfaction intense d’avoir un premier appart’ rien qu’à moi, même si il faisait la taille d’une place de parking, que les toilettes étaient crades et sur le palier, et que y’avait un jour de 5 bons centimètres sous ma porte d’entrée. J’ai fait les 400 coups dans cet appart boulevard Saint-Michel (j’habitais sur une case du Monopoly !!). Ca m’a donné l’illusion d’être une adulte, de faire des choses de grande et c’était tellement excitant.
Je me souviens encore quand, le lendemain d’une visite d’appart dans le très branché 11e arrondissement, la proprio m’a appelée pour me dire qu’il était pour moi et que je pouvais venir signer les papiers le lendemain matin. Oh quel bonheur, quel accomplissement, je venais de gagner 10 m². Je n’étais plus une jeune étudiante provinciale montée à la capitale, j’étais devenue une Parisienne.
Mais très vite aussi, Paris, tu m’as montrée la solitude: quelle tristesse immense de rentrer chez soi bourrée à 2h du mat’ sans personne à rejoindre. Ce sentiment m’a poursuivie un moment, cette solitude profonde de l’âme que j’ai cherché à masquer en faisant la fête, en faisant style que de toute façon, je me foutais de tout, même de ce que j’apprenais à la fac – au fond, on s’en bat les couilles. Alors oui Paris, je me suis pointée en partiels à moitié bourrée au cidre parce que je savais que j’allais me barrer au bout d’une heure sans avoir rien écrit. Je savais même pas pourquoi je m’y pointais aux partiels. Puisqu’on s’en bat les couilles. Tellement que j’ai fini par plus y retourner à la fac. J’avais mieux à faire.

J’avais une dépression à faire. Un mois passé, avachie sur le lit de mon si grand appart de 18 m², les cheveux gras, enchainant clope sur clope, l’œil hagard, à simplement attendre que la mort veuille bien me saisir dans la nuit. Je n’étais plus rien, rien qu’un fantôme, sans but, sans importance, sans envie. Je m’étais oubliée, probablement parce que je ne m’étais jamais vraiment rencontrée. Et puis y’a eu ce jour où, après avoir touché le fond (et creusé encore un peu), quelqu’un m’a forcée à mettre un coup de pied au sol pour remonter.

Grâce à toi Paris, j’ai grandi de cette période noire. Et quand j’en suis sortie, j’ai voulu célébrer les derniers mois de liberté totale qu‘il me restait avant de reprendre ma vie en main, comme on dit, avant de rejoindre le monde du travail. J’ai fait la fête, dans la joie cette fois-ci, dans le véritable amour de la vie, avec l‘insouciance de la jeunesse que je savourais comme on savoure le dernier carré de chocolat. Je savais que c’était bientôt la fin de tout ça alors j’en profitais. Mon appart était un joyeux bordel de gens, jamais un squat dégueulasse, juste le lieu où les copains passaient leurs soirées, c‘était vivant, jeune et beau. J’ai pris des kilos en mangeant des pizzas accompagnées de vin rouge, et c’était bien. J’avais le temps, j’étais en vie.

Oh, et puis, Paris, tu m’as apportée une des plus belles expériences de ma vie: la cuisine. La Petite Périgourdine m’a prise sous son aile. C’était dur, c’était épuisant, j’en ai chié, je n’avais que 19 ans, mais c’était passionnant. Moi qui avait toujours été une petite nerveuse rapide, j’étais dans mon élément. J’ai appris beaucoup sur les relations humaines: je me suis retrouvée entourée de bonhommes durs aux cœurs tendres et il a fallu me faire ma place. Dans le lot de bonhommes, y’avait Nico. On est tombés dans les bras l’un de l’autre un soir d’élection présidentielle. Ah, comme on s’est aimés, arpentant tes rues, Paris, sur son scooter après le service du soir. On était invincibles. Ces quatre années de cuisine et d’amour m’ont fait prendre 10 ans dans la face, et oh comme j’en ai adoré chaque seconde. Mon train-train, ma routine:notre couple, nos chats, le travail,notre appart (37 m² avec une machine à laver ? j’étais une adulte, c’était officiel) et notre canapé, les projets de restaurants où on serait les rois des bistros parisiens. Qu’est-ce qu’on était biens. C’était clair, limpide, ça allait se passer exactement comme on le voulait et notre amour ne changerait jamais. On y a cru dur comme fer. Tout le monde y a cru.

Sauf que t’avais d’autres projets pour nous hein Paris ? Tu m’as lentement insufflée d’autres envies, d’autres aspirations. Est-ce que vraiment j’ai envie d’être cuisinière toute ma vie ? Est-ce que, vraiment, j’ai envie de trimer comme une folle pendant 10 ans pour peut-être au bout avoir le temps de vivre vraiment ? Est-ce que la vie c’est pas maintenant ? Ah ça, oui, la vie c’est maintenant. Et tout est remis en question. Mais j’y avais cru tellement fort moi, à la cuisine, à mes projets de vie avec Nico, à mon appartement, à la famille qu’on fonderait. On se l’était tellement répété que ça arriverait, que j’avais oublié qu’on avait d’autres options, on avait oublié. Je ne voulais pas y croire. Admettre ce que j‘avais sur le cœur, ça aurait été faire machine arrière. (J’ai appris bien plus tard qu’il n’y a pas de machine arrière dans le chemin de la vie, y’a juste des embranchements, que l’on ait 25, 40 ou 70 ans. )
Alors j’ai fait l’autruche pendant un temps, j’ai persévéré, j‘ai résisté à ces idées. Mais y’avait au fond de moi une grisaille qui ne s’estompait pas. Et puis, je me sentais lasse. Chaque réveil signifiait la mort un peu plus prononcée de mon âme – aller au travail, trimer, vendre mon temps libre. Et puis, m’est revenue en mémoire un truc que Nico m’avait dit un jour « t’es trop jeune pour te laisser aller au travail à reculons. »
Quand j’ai décidé d’arrêter ce métier que j’avais voulu être le seul et l’unique de ma vie, ma passion, j’étais tétanisée. Nico ne m’a pas vraiment prise au sérieux quand je lui en ai enfin parlé — à ce moment là de notre relation, il en avait, je crois, plus que marre de me voir trainer des pieds, malheureuse et indécise. On était bien enfoncés dans le cercle vicieux de la non-communication et mes sentiments sur le boulot remettaient en question toute la vie qu’on avait rêvée pour nous, quand tout était encore évident. Ça m’a tétanisée encore plus.
Il m’a fallu un an pour quitter la cuisine. Un an de lenteur, un an à chercher ce que je ferai d’autre — quelle serait ma nouvelle passion ? Dans quoi me jetterai-je à corps perdu ? Et Paris, tu ne m’as pas aidée – ou plutôt tu m‘as un peu trop aidée. Tout ce que tu m’envoyais, c’était des gens qui s’étaient libérés du monde du travail, des hippies heureux, libres et accomplis. J’étais comme une lionne en cage. Il m’a fallu un moment pour comprendre que j’étais la seule à m’être mise en cage, je l’avais même totalement fabriquée de mes propres mains ma cage, j’avais même fermé à clé et avalé la clé.
Quand j’ai fini par ne plus en pouvoir, j’ai lâché mon job. J’avais des sous de coté, assez pour tenir un ou deux mois, ce serait bien suffisant pour savoir ce que je voulais faire. Il me fallait du temps. J’avais atteint un tel point de souffrance que je jouais à l’Euromillions tous les mardis et vendredis, car c‘était devenu ma seule solution: gagner le million et m‘acheter du temps. Le temps était devenu une obsession et tout ce que je voulais, c’était dormir – aaaah, dépression te revoilà !
Début novembre 2015, j’ai rejoint le rang des chômeurs et je suis redevenue maitre de mon temps. J’ai bullé, j’ai écrit, j’ai passé du temps avec moi-même, je me suis formée à l’hypnose. Tout doucement, je commençais à rencontrer ‘moi‘, cette entité à qui je n‘avais jamais eu le temps de causer. J’ai réalisé que je n’étais absolument pas la personne que je pensais être et, pis encore, que j’avais présentée à tout le monde, y compris à Nico. J’étais dans une cage encore plus petite désormais et j’étais une lionne bien plus grosse.
Paris, il m’a fallu m’éloigner un peu de temps pour aller réfléchir ailleurs et je suis allée me balader en province, tu te souviens ? Au bout de quelques jours, j’ai réalisé que la cage avait disparu. J’étais libre. Mon esprit respirait. C‘était comme découvrir une sensation nouvelle à 24 ans. Jamais je n‘avais ressenti la liberté d‘être moi-même pour de vrai, je ne m‘étais jamais autorisée à essayer, JE NE SAVAIS MÊME PAS QUE C‘ÉTAIT POSSIBLE. Au lieu de me raconter des histoires sur qui j‘étais, j’avais l’occasion d’être, tout simplement. Mais ça, je ne pouvais pas le faire avec toi, Paris. Tu connaissais trop la moi d’avant, l’ancienne moi, celle que j’avais construit autour de moi  – forte, invincible, sarcastique, fonceuse.

On s’est pas reconnues quand je suis revenue. On n’avait plus rien à se dire.
Alors je suis partie parce que, ma chère Paris, ma cage, c’était notre relation. Je me devais d’être une certaine personne avec toi – sauf que cette personne, ce n’était plus moi. Ta présence me forçait à être une personne qui n’existait plus alors j’ai fui, j’ai fait mon sac, foutu ma vie dans des cartons, et je suis partie sans me retourner, comme une voleuse. J’avais tellement peur que l’ancienne moi me rattrape. Il a fallu que je m’échappe.
Et je m’en suis tellement voulue, pendant si longtemps. Parce qu’en te quittant, j’ai quitté toute une époque, et des gens que j’aime et j’aurai voulu prendre le temps de dire au revoir mieux que ce que j’ai fait il y a un an. Mais je crois que je commence à me pardonner. Parce que je sais aujourd’hui qu’il m’était impossible de faire mieux, si j’étais restée plus longtemps pour te faire mes adieux, je me serai oubliée à nouveau dans tes attentes de moi – et on ne peut pas Aimer [la vie, les gens, soi-même, le monde] en s’oubliant.

 

J‘ai passé beaucoup de temps avec moi-même et, ces derniers temps, j’ai ressenti le besoin de raconter notre histoire. Parce que j’ai eu envie de fermer la boucle. Et puis parce que, c’est une belle histoire, et que les belles histoires, méritent d’être racontées. Parfois, il faut laisser un an s’écouler pour que l’histoire se termine, c’est comme ça. C’est le temps qu’il fallait pour faire le deuil.
Je sais aujourd’hui que je t’ai quittée Paris, non pas parce que je ne t’aimais plus, mais parce que notre collaboration étroite ne donnait plus naissance à autant d’énergie qu’avant, et je suis d’avis que dans la vie, au risque de sembler indécise, il faut savoir aller là où l’énergie est.
Je t’aime toujours Paris. Pas de manière vibrante, pas comme au début, comme un feu qui dévore. Non, je t’aime de cet amour résiduel, infini qu’on a pour les choses, les gens, les lieux avec qui on a vécu des choses fortes, des époques importantes, des moments intenses. Et tout ça, je l’ai vécu avec toi. Je t’aime comme un souvenir, avec cette tendresse qu’ont les vieux amants l’un pour l’autre. J’t’oublierai pas vieille branche, et j’te jure que ça me fait un pincement au cœur, de te dire enfin, au revoir.

Lecteur chéri, si ces mots t’ont parlé, fait des choses, donné de l’émotion ou à réfléchir  – diffuse les. Les histoires sont faites pour circuler et ça me ferait chaud dans le cœur.

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« Usually I see a beautiful story in everything. If I can’t see the end yet, it’s because the story isn’t ready to be told – that’s what I tell myself. » (Garance Doré)

« You might not see it today or tomorrow, but you will look back in a few years and be absolutely perplexed and awed by how every little thing added up and brought you somewhere wonderful — or where you always wanted to be. You will be grateful that things didn’t work out the way you once wanted them to. » (Anonymous)

 

Dear Paris,

I’m writing this letter to you today because my heart can’t take it anymore. I’ve had to wait until tears rolled down my cheeks to finally write to you, but I’m ready now.
A year ago, I was with you, I had just finished packing my stuff in boxes and I had the illusion that I somehow had managed to say good bye. And here I am, realising that the story is not done yet, and that it ends with this letter

I’ve hated you, loved you, adored you, left you and found you again, all of that many times. We’ve spent 7 years together and you’ve brought me so much.

Independance, first of all. Oh, the joy, the sheer happiness of coming home wasted at 2 am without anybody to witness it. The huge satisfaction of having my very own first appartment, it didn’t matter if it was the size of a parking spot, if the toilets were dirty and outside (and shared !) and if there was a space of about 2 inches between my door and the floor. A lot of my youth memories take place in that appartment located on the Boulevard Saint Michel (I was living on a Monopoly space !!). It gave me the illusion of being an adult, of doing grown-up things and it was all very exciting. I still remember clearly when, after having visited an appartment in the super hip and happening 11th arrondissement the previous day, the land lady called me to say I got the place and I could come and sign the papers the following day. Oh my God, I had just gained 10 m². I wasn’t a young student from out-of-town anymore, I had become a Parisian.

But very quickly too, Paris, you’ve shown me loneliness: how sad it was to come home wasted at 2 am with no one to come home to. That feeling stuck with me for a while, the profound, deep loneliness of the soul, that I tried to cover-up by partying, by pretending that I didn’t care about anything, not even about what I was learning in college – after all, who cares ? So yes, Paris, remember when I’ve shown up to my final exams half drunk on cider because I knew I was going to leave the exam after an hour of doodling anyways ? I didn’t even know why I was showing up to my finals. Because after all, who cares ? I didn’t give a fuck – so much that after a while I never returned in class. I had better stuff to do.

I had a major mental breakdown to go through. A month – that’s a loooooooong time – spent slouched on my bed in my oh-so-big-18m² appartment, with greasy hair, chain-smoking and just waiting for death to come and take me during the night. I was nothing anymore, just a ghost, aimless, pointless, needless. I had lost myself, probably because I had never really met myself. And then came the day when, after having hit rock bottom (and kept digging for a little while), someone forced me to give a good kick on the ground and come back to the surface.

Thanks to you Paris, I’ve grown up and out of this black phase of my life. And when I came out of it, I felt the need to celebrate my last few months of total freedom before joining the ranks, as they say. I hung out and partied, with a lot of joy this time around, in the true love of life, laughing with a youthful, carefree attitude that I was savouring the same way that you enjoy the last piece of chocolate. I knew this was all going to end soon and I was making the most out of it. My place was always full of awesome people but it was never getting out of hand. It was just the place where my friends came after their days to chill and unwind. It was alive, young, and beautiful. I gained a few pounds eating pizzas with red wine, and it was nice. I had time, I was alive. Those were the days.

Oh, and then Paris, you’ve brought me one of the most incredible experience of my life: being a cook. La Petite Périgourdine, the bistro I had been hired in, took me in as a little sister and taught me everything. It was hard, it was demanding and straining, I was only 19 and struggling with it all, but it was all fascinating. I had always been the strong fast small type, and being a cook was almost custom-made for me, it was incredible. I’ve learnt a lot about human relationships: I was surrounded by a bunch of tough guys with tender hearts, and I had to find my place. In this lot of collegues was Nico. We fell into each other’s arms on presidential election night, a warm may evening. Oh, how we loved each other, going through your streets, Paris, on his scooter after the night’s shift had ended. We were invincible. Those 4 years of being a cook and in love made me age 10 years and oh how I’ve adored every second of it. My little world, my routine: our couple, our cats, my job, our appartment (37m² with a washing machine ? Oh I was a grown-up alright) and our couch, the projects of getting a restaurant and how we would be the king and queen of parisian bistros. How good this all felt. It was so clear, so sure, it was all going to happen exactly how we wanted it and our love would never change. We believed it so much. Everyone did.

Except you had other ideas for us, huh, Paris ? You’ve slowly given me other inspirations, other yearnings. Do I really want to be a cook my whole life ? Do I, really, want to work my ass off for 10 years so that maybe in the end I could have time to live for real ? Isn’t life right now ? Oh yes, life is right now alright. And so I started questionning everything.
But I had believed all of this so hard, the cooking, my life’s project with Nico, my appartment, the family we would have together. We had told this story to each other so much that I forgot we still had other options, we both forgot. I didn’t want to believe what was happening. Talking about those feelings would have been going backwards. (I’ve learnt later in life that there is no backwards, there are just turns, whether we are 25, 40 or 70 years old.)
So I buried my head in the sand for a while, I kept pushing in the direction that I knew, going against the current of my mind and resisted the ideas I was having. But deep down inside of me, was a grey feeling that wasn’t going away. Everything felt heavy. Every alarm clock in the morning meant the ongoing death of my soul – going to work, working my ass off, selling my free time. And then, I remembered something Nico told me one day « you are too young to be going to work reluctantly ».

When I decided to stop working in the field I thought was going to be the one and only of my life, my passion, I felt completely stuck. Nico didn’t take me seriously when I finally told him — at this point in our relationship, he was, I think, tired of watching me mope around, undesicive and sad. We were far down the vicious cycle of ‘not able to communicate anymore‘ and my feelings about my field of work were questionning every thing we had dreamt of together, back when everything was so certain. I felt even more stuck.
It took me a year to quit my job. A whole year of feeling slow, a year of looking for what I would do next — what would my new passion be ? In what field would I throw myself in ? And Paris, you didn’t help me on this one — or rather, you helped a little too much. All you were throwing at me were people who had freed themselves from working altogether, happy hippies, free and enlightened. I was like a lioness stuck in a cage. It took me a while to realise that I had been the one to put myself in a cage: I had built the cage, locked it and swallowed the key.
When finally I couldn’t take it anymore, I quit my job. I had a little money aside, enough to last me a month or two, it would be enough time for me to figure out what I wanted. I needed time. I had reached a state of aching so strong that right before quitting, I was playing the lottery twice a week because it had become the only solution: win the million and buy myself some time. Time had become an obsession and all I wanted was just to get some sleep – aaah mental breakdown, you again.

Beginning of november 2015, I joined the ranks of unemployed people and became the master of my own time. I spent it chilling, being lazy, spending time with myself, doing a course in hypnosis. Slowly, I was starting to meet ‘me’, this entity I never had time to talk to. And it didn’t take me too long to realise that I was absolutely not the person I thought I was and, therefore, not the person I had introduced to everyone, including Nico. The cage was getting smaller but I was getting bigger.

Paris, I needed some time to think, far away, so I went and took a little trip around France for a little while, remember ? And a few days in (or rather, out), I realised that the cage had disappeared. I was free. My mind was breathing. It was like discovering a new sensation at the age of 24. Never before had I felt this freedom to be myself for real, because never before had I allowed myself to try. I DIDN’T EVEN KNOW IT WAS POSSIBLE. It was mind-blowing: instead of telling myself stories about who I was, I had time and space to be, as simple as that. But this, I couldn’t do with you, Paris. You only knew the previous me, the one I had built around myself – strong, invincible, sarcastic, always busy.

We didn’t recognize each other when I came back. We had nothing to say to each other anymore.

And so I left because, my dear Paris, my cage was the relationship you and me were in. I had to be a certain version of me with you – but this version was not me anymore. Your presence was forcing me to be someone that didn’t exist anymore, so I fled. I packed a bag, put my life in boxes and I left without looking back, like a thief in the night. I was so afraid that this old me was going to catch up with me. I had to escape.
And I felt so guilty for it, for so long. Because when I left you, I left a whole era of my life, and people that I loved and I would have wanted to take time to say a better good bye than the one I said a year ago. But I think I‘m slowly forgiving myself for that. Because I know today that I couldn’t have done it better back then, because if I had stayed longer to bid my adieu, I would have lost myself again in your expectations of me – and one can’t Love [life, people, oneself, the world] if one is lost.

 

I’ve spent a lot of time while myself and lately I have felt the need to tell the story we shared. Because I close the loop by telling it. And because it’s a beautiful story, and beautiful stories deserve to be told. Sometimes, a year has to go by for a story to end, that’s just how it is. It’s how long it took to mourn.
I know now, Paris, that I left you, not because I didn’t love you anymore but because our close collaboration wasn’t giving birth to as much energy  as before, and my opinion is that, at the risk of seeming indecisive or flaky, one must always follow the energy, wherever it is.
I will always love you Paris. Not in a vibrant, honeymoon, burning passion way. No, I love you with that remaining and infinite love that one has for things, people and places with whom one has had strong experiences, intenses moments, important eras. And I’ve had all of those with you. I love you like a memory, with the tenderness that old lovers have for one another. I won’t forget you my love, and I swear, it makes my heart ache to finally tell you, good bye.

Dear reader, if those words spoke to you, did something to you, gave you emotions or stuff to think about – spread them. Stories are meant to be spread and it would make my heart feel warm.

 

Singalila III

Lis la partie un et la partie deux avant de lire ça si c’est pas déjà fait. Read part one and two before reading this if you haven’t done it yet. Scroll for the english version people !

On prend notre temps le lendemain. Les corps sont reposés, les esprits sont apaisés, et tout le monde est d’attaque pour les 24 kms qui nous attendent aujourd’hui. Une première étape à Phalut pour monter au plus haut sommet de ce trek puis une descente vertigineuse direction Gorkhey dont on a entendu beaucoup de bien en investiguant ce trek. Mais, un pas à la fois.
Je passe la première partie de la journée, seule à l’arrière, juste pour le plaisir de pouvoir chanter à tue-tête des chansons Disney et des chansons de Moulin Rouge. Je pense beaucoup à Flo, ça me mets du baume au cœur, et j’ai une énergie débordante. Cette partie de la journée, bien que montant de manière ardue entre les rhododendrons, passe à une vitesse folle, et avant que j’ai pu réaliser que je suis en train de marcher, je pose mon cul dans l’herbe à coté d’Alasdair à Phalut. Bouddha nous prépare du thé que l’on boit en regardant la vue quand des sons de cloches nous interpellent: du haut du sommet: des yaks coiffés et endimanchés descendent à toute vitesse. La veille, un festival de yak se préparait dans les steppes aux arbres calcinés, et ceux-là doivent être attendus, ce qui ne les empêchent pas de faire une petite pause pour brouter l’herbe particulièrement tendre de la base du Singalila Peak. C’est le moment qu’on choisit pour marcher le kilomètre et demi qui nous sépare du plus haut sommet qu’il m’ait été donné de gravir. Le moment relève encore et toujours du surréalisme, comme la plupart des moments de ma vie. Les yaks, les copains, le rouquin et 3670m d’altitude. Une photo, des sourires, et une pause où chacun s’isole pour contempler. La visibilité n’est pas excellente mais c’est un merveilleux endroit pour être avec soi-même. Je vis mon truc, et Alasdair vit le sien. C’est parfait. On se retrouvera après, quand ça aura du sens. Pour l’instant, c’est à vivre seule. Les dizaines de kilomètres pour arriver ici, et savoir que ce n’est pas une fin en soi, qu’après ce moment, d’autres kilomètres nous attendent, d’autres moments. Depuis ce matin, je chantonne la chanson de Thomas O’Malley des Aristochats, et une phrase reste collée à la paroi de mon encéphale. Quand j’vois la chance passer, j’lui fait signe du doigt. A quoi bon s’préoccuper du ch’min que j’dois emprunter ? Où qu’il veuille aller je saurai l’aimer, aussi n’allez pas vous inquiétez pour moi. Et c’est vraiment ça. Où qu’il veuille aller, je saurai l’aimer. Le problème n’est pas le chemin, c’est d’apprendre à trouver l’Amour dans chaque chemin. Je suis assise sur un rocher à 3670 mètres d’altitude, j’observe avec attention le chemin d’une minuscule araignée rouge se baladant sur le lichens et la mousse sèche et j’essaye de voir les choses avec ses yeux, de ressentir à travers elle. C’est à ce moment-là que je comprends tout ça, chaque chemin a du sens. Où qu’il veuille aller, je saurai l’aimer.

La descente vers Gorkhey se fait dans la joie et la légèreté. Des petits grêlons nous tombent dessus en début d’après-midi et au fur et à mesure que l’on perd de l’altitude, se transforment en pluie d’abord fine puis épaisse. On descend à flan de montagnes, petit chemin enchanteur entouré de bambous et la terre sur laquelle on marche devient progressivement de la boue. Les k-ways sont de sortie, je me rends compte que je n’ai pas de pantalon waterproof – voilà une chose à rajouter sur ma liste de shopping pour les prochains trek. Parce que oui, à ce moment-là, je sais déjà que je suis accro à cette activité. Chacun son style de trek, et je ne connais pas forcément encore le mien, mais c’est une certitude: celui-là est le premier d’une longue série. La pluie finit par s’arrêter alors que l’on sort de l’épaisse foret de sapins pour tomber nez à nez avec la contrée. Mais si, La Contrée, The Shire ! Le Seigneur des Anneaux. Des cultures simples en terrasse le long de la vallée qui descend, une rivière qui court en torrents au milieu de tout ça et un vert, un vert hallucinant, le vert d’après la pluie. Les nuages descendent le long des sapins d’une taille ahurissante. Le paradis est à nos pieds. Les gens n’avaient pas menti, Gorkhey n’est pas un endroit où on peut passer seulement une nuit. Des petites familles accueillent les trekkeurs, et nous on tombe sur une perle. Deux petites chambres doubles, des couvertures utiles pour des températures enfin plus clémentes – on a perdu 1300 mètres d’altitude en quelques heures, nos genoux sont en compotes et nos vêtements sont trempés. On décide le soir-même de payer Bouddha pour une journée en extra. Il est impensable de quitter cet endroit le lendemain matin. Une des meilleures décisions de ma vie.
Le dîner qui nous est servi ce soir-là est une des meilleures choses que j’ai mangé de ma vie: du riz, des pommes de terres et des feuilles de choux cueillies dans le potager de la famille cuisinées avec amour, un dal à tomber par terre et des papad frites – fines galettes croustillantes de pois chiches aux épices. Les lits sont mous et les couvertures douces, il y a même une petite douchette dans les toilettes. Alasdair et moi, on est obligés de se pincer pour vérifier qu’on n’est pas en plein rêve. Les 3 premiers jours de ce trek prennent tout leur sens. Autant physiquement, parce que mon corps est enfin lancé dans cette activité et y trouve son compte, que géographiquement, parce que ce lieu n’est accessible que par la randonnée, aucune route ne vient ici. Et je ne parle pas du bénéfice spirituel et psychologique des ces premiers jours de trek dont honnêtement je n’ai pas encore mesuré l’ampleur même une fois de retour à la civilisation: les leçons se distillent lentement et qui peut vraiment dire si le trek est le professeur ou le catalyseur de leçon reçues précédemment ?

Le réveil dans ce lieu est incroyable. Les yeux bleus, les sapins, les lits confortables et la certitude qu’on reste au même endroit du matin jusqu’au soir, je sais déjà que cette journée va être formidable. Un thé nous est servi au lit par un Bouddha tout sourire de se prendre une journée de repos. Chacun a ses envies pour cette journée bonus, Jo part faire des photos de la rivière depuis le pont, Sarah dévore son livre tranquille sous ses couvertures, Alasdair part en direction de la rivière en contrebas avec un livre et moi, je vais papoter avec les chèvres. Comme la route ne vient pas jusqu’à Gorkhey, le village est presque entièrement indépendant. Chaque famille possède des chèvres pour tondre l’herbe de temps en temps et des vaches pour le lait et, par conséquent, le beurre. Des coqs gueulent à toute heure de la journée à qui veut bien l’entendre, qu’il fait jour. Merci le couz, on avait compris. Des poulettes se baladent entre les plants de pommes de terres, mangent les quelques vers qui s’aventurent sur les pousses de petits pois encore jeunes et quelques chats à demi-sauvages jouent à cache-cache entre les feuilles vertes de choux. Les plants sont tous en fleurs, et les couleurs sont hallucinantes, des fleurs oranges poussent sous notre fenêtre, tandis que des violettes parsèment le chemin jusqu’à la rivière. Les petits pois ont revêtus leurs petites fleurs blanches qui complimentent si bien le vert de leurs tiges; le chou a préféré le jaune poussin pour bien se faire voir et des minuscules fleurs bleues s’étalent en tapis à nos pieds à chaque pas. Quelques chevaux se baladent à flans de montagnes, du coté Sikkim de la rivière et broutent nonchalamment l’herbe grasse et encore humide de la veille. Après mon tour chez les chèvres pour nourrir le bébé que j’ai nommé Jacqueline Junior (puisque sa mère s’appelle Jacqueline, comprenez), je repasse par notre petite chambre pour faire un baluchon avec ma serviette de bain, celle d’Alasdair, du savon et des vêtements propres. Le soleil baigne le rocher sur lequel Alasdair est installé et je déballe les choses. Je ne me laisse pas trop le temps de réfléchir, ce coin est désert à part lui et moi, alors c’est le moment: je me déshabille, mets le savon à proximité de l’eau et rentre à la manière d’un chien dans l’eau glacée qui vient des glaciers de l’Himalaya. Il est 10h du matin, le soleil est parfait, et le froid de l’eau pique ma peau. Le savonnage se fait en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, et je m’enveloppe de ma serviette en sortant. La différence ce température entre l’eau et l’air est telle que j’ai instantanément chaud. Je reste ainsi un moment avant de me rhabiller, ce qui tente Alasdair à faire de même. Il crie que l’eau lui fait mal et on rigole comme deux gamins pendant que je me rhabille. Après ce genre de douche, tu peux soulever des montagnes. Je rentre au bercail en passant par un petit pont bancal, et je lis au soleil en attendant le déjeuner. Les chats cohabitent avec les poules et je suis amoureuse de cet endroit.

Après la sieste d’après le déjeuner, Alasdair et moi partons nous balader au soleil couchant. C’est joli, un des chiens du village que j’ai déjà croisé le matin, et nommé Jean-Jacques, se pose juste derrière nous alors qu’on a une discussion forte en émotions (quand je vous dis qu’on aime bien causer de trucs vrais ! Essayez, c’est vraiment cool !). J’aime bien ce qu’il se passe. On se décide à aller boire un thé quand on croise, dans une des guesthouses du village, un couple que l’on avait déjà croisé à Tumling le premier soir sans vraiment leur parler. On finit par boire notre thé avec eux, la discussion d’avant m’a pas mal fatiguée mais je suis heureuse de voir Alasdair échanger avec un mec de son cru, ça parle avec des mots que moi j’utilise pas trop, mais qui prennent beaucoup de sens. Ca parle de communauté, de lieu d’échanges entre êtres humains, un sujet qui touche le rouquin particulièrement puisque son dernier job était dans ce domaine là. Alors que je ne dis rien mais que j’écoute beaucoup, je comprends que le concept de communauté est au centre de ma vie. Je comprends que les gens ont besoin de ça, tous, parce que ça n’existe plus. On quitte nos villages et nos maisons familiales pour aller faire des études et travailler dans des grandes villes impersonnelles, on ne va plus à l’Eglise parce que la science a trop de poids et la religion perd du terrain. Résultat: il n’y a plus un endroit dans le monde moderne et occidental où il est possible de se réunir en groupe et de parler des vraies choses, des émotions, de ce qui nous touche. Cette conversation à Gorkhey avec Alex, Laura et Alasdair, un soleil couchant d’avril, me bouleverse tellement que lorsque je rentre dans notre chambre, j’attrape mon carnet pour y écrire simplement COMMUNITY. Je n’ai pas d’autres mots, je n’ai pas d’autres idées, mais ce concept doit grandir dans ma tête. J’ai quelque chose à faire avec ça. Alea jacta est.

Le soir, à table, on annonce aux filles et à Bouddha qu’ils peuvent partir demain, mais que nous, on va rester un jour de plus, si tout le monde est ok. Bouddha est ok, preuve que le guide n’est vraiment qu’une formalité pour ce trek, et les filles sont contentes. Pour notre dernier repas tous ensemble, Bouddha a fait des frites. J’ai crié quand il les a posées sur la table. Cette dernière soirée tous ensemble est délicieuse. On prend notre temps pour boire notre thé digestif. La vie est douce.

On se dit au revoir après un petit déjeuner de petits pains tibétains et d’aludum. La pluie a recommencé, et malheureusement pour les filles et Bouddha, elle ne cessera pas vraiment de la journée. On passe notre matinée au lit, à lire et discuter. Une sieste s’impose de nouveau après le déjeuner (où des frites nous ont été servies de nouveau ! Cri guttural !), et à notre réveil la pluie s‘est calmée. L’occasion d’aller explorer une partie inconnue du village où réside des canards (mes animaux préférés après les chats, je suis comme une ouf), et où un chien absolument adorable et court sur pattes nous suit un moment: je la baptise Evelyn. C’est cool de se balader dans la forêt après la pluie. Avec Alasdair, on rêve, on parle communauté, ferme indépendante, vie en rapport avec les saisons. C’est juste doux. Bonheur.

Notre diner est servi après le passage d’un groupe d’indien qui aura eu le mérite de nous faire découvrir le tongba. Ca sent l’alcool, Alasdair est curieux et commande une de ces choses: dans un récipient en forme de petite barrique, du millet fermenté est disposé et une paille en bambou sort du tout. De l’eau bouillante est amenée séparément et il nous est dit de verser l’eau sur le millet, de laisser infuser une dizaine de minutes et de consommer. Je n’ai pas bu d’alcool depuis presque un an parce que je n’en avais pas envie, mais cet alcool m’intrigue, y’a des arômes de vin, ça sent l’acidité et en même temps c’est rond. Étrange. Le gout l’est tout autant, mais c’est plaisant. L’avantage de cet alcool, c’est qu’il suffit de rajouter de l’eau bouillante, jusqu’à épuisement du gout. Donc pour résumer, c’est l’alcool avec le plus grand rapport qualité/prix du monde. TADAAAAA. MAGIE ! Alcool sans fin ! C’est donc légèrement pompette (voire pas mal pompette pour ma part) que l’on part rejoindre les bras de Morphée sous nos couvertures molletonnées. Gorkhey, tu nous as encore vendu du rêve !

Le lendemain, un soleil éblouissant nous réveille comme pour nous dire « hé les gars, aujourd’hui est un jour parfait pour marcher ». On est assez d’accord avec lui, c’est pour ça qu’on fait joyeusement nos sacs en attendant notre petit-déjeuner de champions: aludum, chapati et omelette pour le sieur rouquin. Je ressens de la joie à l’idée d’enfiler de nouveau mes chaussures et de marcher un peu. Et putain, j’ai raison. Les paysages sont juste dingues: forêt tropicale a base de grosse rivière, de bambous gigantesques, de petits plans de chanvre poussant à la sauvage (je dis chanvre parce que rien de ce qu’on a trouvé n’était fumable, y’avait que les jolies feuilles nervurées, j’en avais jamais vu de mes yeux vu et c’était cool). Il fait bon, ça sent l’île de la Réunion à plein d’endroit, et puis les cigales locales s’en donnent à cœur joie, c’est limite si je sens pas le pastaga et les cacahuètes arriver.
Bon bien entendu, la seule chose qui a fini par arriver est un joli petit thé noir (Darjeeling représente) dans la bourgade de Ramam. Ici aussi, on se fait pote avec un chien, que je nomme Jean-Pierre (les noms absurdes pour les animaux c’est ma spécialité). Il nous suit jusqu’à la sortie du village, comme une petite escorte sympathique. Et la descente commence à travers les cultures en terrasse de pommes de terre et petits pois. Ici les petits pois sont presque arrivés à maturité alors on en choppe une cosse pour gouter: MAZETTE comme c’est bon, sucré, goutu et bio. La vie, la vraie. Le spectacle de la descente est magique, des dizaines de petits villages s’étalent à différentes altitudes, les couleurs des toits sont complimentés par le soleil qui éclaire la vallée de tout son pouvoir. Il est 13h30 quand on arrive au bord de la rivière, dans le village de Sri Khola où une petite mamie népalaise nous prépare un festin en moins d’une demi-heure. On se goinfre comme des enfants affamés (je suis pas loin de la réalité en disant ça, déjà une bonne dizaine de kilomètres dans les pattes avec seulement deux chapatis dans le coco, OUAIS j’ai faim !).

La fatigue due au tongba nous tombe dessus après le repas et on hésite à rester dormir dans ce village. La route est juste à coté, c’est pas super inspirant comme endroit alors on décide de se bouger le cul et de partir vers le dernier point du trek: Rimbick. On suit la route qui serpente, un autre chien nous escorte (Jean-Louis) jusqu’à un certain point puis nous lâche et au bout d’une heure et quart, on arrive à la Tenzig Lodge, toute de bleue peinte, un peu avant la ville de Rimbick qui semble être bien plus imposante que tous les petits villages mignons qu’on a croisé jusqu’ici. On est trop fatigués pour se plonger tout de suite dans le bain de la ville, on pose donc nos sacs dans le petit dortoir de cette jolie guesthouse – encore une fois, un dortoir où l‘on est seuls. La patronne, qui parle un anglais presque parfait et tient sur ses hanches une jolie petite bébé fille aux yeux bridés, nous informe qu’il y a une douche avec de l’eau chaude (!!!) et que oui, après demande d’Alasdair, il est tout à fait possible d’avoir deux tongbas d’ici une heure.
Il est 16H30, je m’affale sur un des lits simples dont le matelas est ferme mais existant. Et je commence à réaliser. Que je viens de faire 90km étalés sur 5 jours de marche. Que je vais prendre une douche chaude pour la première fois depuis deux mois. Que l’homme à coté de moi m’aime et que je l’aime. Et c’est compliqué de pas avoir encore une fois les larmes aux yeux devant tant de bonheur.
La douche est merveilleuse même si la pression du jet d’eau est inexistante, et parce qu’on a pu faire une mini-lessive à Gorkhey, j’ai des fringues propres à me mettre (#besoinssimples). On se pose, propres et fatigués, dans la salle à manger où les tongbas nous sont servis presto. Je distribue les cartes pendant qu’Alasdair recouvre le millet d’eau bouillante, et on enchaine les parties de gin rami en échangeant sur la beauté de notre situation. Les tongbas aidants, on est tous les deux dans l’émotion de tout ça. Et c’est joli.
Le repas est fantastique et le dodo l’est tout autant. Il est 6h30 pétante quand le conducteur de jeep klaxonne devant la guesthouse; il avait dit 7h mais tant pis, on se bouge le cul et on saute à l’arrière en remerciant une dernière fois la jolie dame de la guesthouse pour son accueil. Le trajet va s’avérer être épuisant: 4h30 de routes de montagne tortueuses à l’arrière d’une jeep bondée puis 30 minutes de bouchons à l’entrée de Darjeeling, retour à la civilisation fatiguant ! Un crochet par Sonam’s Kitchen pour une galette de pommes de terre et on remonte péniblement les ruelles en direction de notre petit havre de paix. Notre chambre est toujours intacte, Grandma et Grandpa sont super contents de nous revoir. En fermant la porte de notre chambre derrière nous, on peut pas s’empêcher de se faire un high five pour célébrer l’entièreté de l’aventure.
Ça fait 2 jours qu’on est revenus. On a revu Victor et les filles aussi. On a lu nos mails et il m’a fallu un aprèm entier pour répondre à tous, ça me touche toujours autant qu’autant de gens m’envoie de l’amour par écrit comme ça, toujours ce truc de devoir me pincer pour être sure que c’est la réalité.

Comme je disais plus haut, c’est compliqué de compiler tout ce que j’ai appris sur ce trek. Mais peut-être que la partie la plus importante a eu lieu le deuxième jour, juste avant d’attaquer la première vraie montée en direction de Sandakphu. Je venais de dire à Alasdair sur le ton de l’humour que j’avais hâte de retrouver les seaux d’eau chaude qui nous servent de douche à Darjeeling. Il m’a regardée amusé en disant « Oh, come on ! C’est pas pour ça qu’on trekke ! ». Et je me suis rendue compte à ce moment-là. Que je n’avais pas la moindre idée de pourquoi je trekkais. Toutes les réponses étaient valables: les paysages, les discussions, l’exercice physique, le grand air, les villages de montagnes, que sais-je encore ?
Après cinq jours d’un premier trek, toutes ces réponses se valent dans ma tête. Mais je crois que celle qui prime, c’est celle-ci: la raison qui fait que j’aime trekker, c’est justement parce qu’il n’y a absolument aucune raison. Je vous laisse méditer là-dessus.
A la prochaine histoires les gros ! Je vous aime !

Toutes les photos non-créditées de cet article ont été prises par Alasdair Plambeck ©

Singalila Trek
Yak qui envoie du bois/ Badass yak in Phalut
Singalila Trek
The dream team. Altitude: 3670m.
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Meditation tout en haut / Meditation at the top/ Crédit photo: Jo
Singalila Trek
La gamine en moi contente d’arriver dans la Contrée/ The little girl in me happy to be arriving in the Shire
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Le Paradis/ Heaven/ Crédit Photo: Jo
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Nan mais sérieux, vous y croyez à cet endroit vous ?! / No but seriously, can you believe this place ?!/ GORKHEY/ Crédit photo: Sarah
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Rouquin & Rocher/ Redhead and Boulder/ Crédit photo: Jo
Singalila Trek
Trop beau pour être vrai ? Ha ha !/ Too good to be true ? Yeah right !
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Laisser la marque de notre douche dans la rivière/ Leaving a trace of our shower in the river
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Faut-il vraiment des mots ?/ Do we really need words ?
Singalila Trek
Bonheur/ Happiness/ Crédit Photo: Sarah
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Bouddha aide nos chaussures à sécher/ Bouddha helps our shoes to dry/ Crédit Photo: Jo
Singalila Trek
Balade après sieste/ After-nap walk
Singalila Trek
La vue depuis notre chambrette/ The view from our little room
Singalila Trek
Nan mais sérieux ?!/ Oh COME ON !
Singalila Trek
Luxuriant de Molley à Rimbick/ Lush from Molley to Rimbick
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Jean-Pierre qui nous escorte à la sortie de Ramam/ Jean-Pierre escorting us outside of Ramam
Singalila Trek
Dernier jour de trek/ Last day on the trek

We take our time the following day. The bodies have rested, the minds are at peace and everyone is up for these 24 km awaiting us today. A first stop at Phalut to go to the highest Peak of this trek, and then a long steep downhill portion to Gorkhey about which we’ve heard a lot of good while reaseaching this trek. But one step at a time.
I spend the first part of my day, alone at the back, just for the pleasure of singing Disney and Moulin Rouge songs at the top of my lungs. I think a lot about my best friend Flo, it warms up my heart and I’m full of energy. That part of the day, even though a steep climb in between the rhododendrons, goes by very fast; and before I can even realise that I’m walking, I’m sitting my ass down in the grass next to Alasdair in Phalut. Bouddha prepares some tea that we end up drinking looking at the view , when all of a sudden, a large racket of bells gets our attention: from the top of the Singalila Peak, dressed-up yaks are descending at full speed. The previous day, we had learnt that a yak festival was in preparation in the burnt up steppes, and those guys must be awaited, which doesn’t stop them from having a little grass-eating break at the foot of the Peak.
And this is the moment that we choose to walk the kilometre and the half separating up from the highest peak I’ve ever climbed. That moment is, once again, a pretty surreal one, as are most of the moments of my life. The yaks, the girls, the redhead and 3760m of altitude. A picture, a couple of smiles and a break when everyone isolates himself to comtemplate. The visibility is not excellent but it’s a wonderful place to be with myself. Alasdair is living is thing, I’m living mine and we’ll meet up afterwards, if it still makes sense. For now, I have to experience this alone. The dozens of kilometres to get here, and knowing that this is not an end on its own, that after this moment, other kilometres are awaiting, other moments. Since this morning, I’m singing the Thomas O’Malley song from the Aristocats, and one sentence seems to be stuck to my brain.When I see luck passing by, I wave at it. Why worry about the path that I’ll take ? Wherever it wants to go, I’ll learn how to love it, so oh no don’t worry about me. (This is probably not the English version lyrics but remember I was raised in France and Disney movies were in french !) And that sentence says it all. Wherever it wants to go, I’ll learn how to love it. The problem is not in the path, it’s in learning to find Love in every path. I’m sitting down on a boulder at 3670m high, I’m observing thoroughly the path of a small red spider as it walks through the dry moss, and I try to see things through its eyes, to feel through its feelings. It’s at that moment exactly that I realise all of this, that every path has a meaning. Wherever it wants to go, I’ll learn how to love it.
The way down to Gorkhey is filled with joy and lightness. Small bits of hail fall onto us at the beginning of the afternoon, and as we make our way downhill, it changes in a, first thin and then heavy rain. We’re descending on the mountain road, small wonderful path surrounded by bamboos and the earth we’re walking on slowly turns into mud. Waterproof jackets are out, I realise I don’t have waterproof pants – here’s a thing to add to my shopping list for the next treks. Because, yes, at this moment, I already know I love this activity. Every trekker has his style, and I’m not even sure I know mine, but what is certain is that this trek is he first one of a long serie. The rain finally stops as we come out of the thick pine tree forest, allowing us to encounter the shire. You know, the Shire, from the Lord of the Rings ! Terrace fields of simple food all the way down the valley, a strong river running fast in the middle and a green, a surreal green, the post-rain green. Heaven at our feet. People didn’t lie, Gorkhey is simply not a place where you can stay only one night. Families welcome the trekkers and we find the most amazing one (not that I checked to be honest !). Two small double-rooms, blankets useful for finally nicer temperatures – we went down 1300m in a few hours, our knees are fucked up and our clothes are soaked. We decide that same night to pay Bouddha for an extra bonus day. It’s impossible to leave this place the following morning. Best decision of my life.
The diner that we eat that night is one of the best things I’ve ever ate: rice, potatoes and cabbage leaves coming from the family garden and cooked with love, a drop-dead tasting dal and fried papad – thin spiced chickpea crackers. The beds are soft and the blankets fuzzy, there’s even a little shower head for the bum in the western toilet (HEAVEN I TELL YA !). Alasdair and I have to pinch each other to check that we’re not dreaming. The first three days of the trek finally come into meaning. On a physical level, because my body is finally getting used to this activity and likes it, but also on a geographical level, because this place is not accessible by any road, you have to walk here. And I’m not even talking about the spiritual and psychological benefits that I got from those first days of trekking because honestly I still haven’t seen the bigger pictures even after coming back to civilisation: the lessons are slowly sinking in my mind and who can tell if the trek was the teacher or merely the catalyst of previously taught lessons ?

Waking up in this place is incredible. Blue eyes, pine trees, comfy beds and the certainty that we’ll stay in the same place until the following morning, I already know that this day is gonna be an awesome one. A tea is brought to us in bed by a chirpy Bouddha, smiling at the thought of a paid day off. Each one of us has his desires for this bonus day: Jo goes off to photograph the river from the bridge, Sarah reads her book, chilling under the blankets, Alasdair goes down in direction of the river with a book and I’m gonna have a chat with the goats.
Because the road doesn’t come all the way to Gorkhey, the village is almost entirely sustainable. Each family owns goats to eat the grass from time to time and cows for the milk, and of course, butter. Roosters yell all day long to let us know it is daylight. (Thanks bro, we got it.) Hens walk around in between the potato plants, eat the few worms who dared going on the still young pea plants, and a few semi-wild cats play hide-and-seek between the green cabbage leaves. All the plants are flowering, and the colors are out of this worlds; orange flowers are growing right under our window and violets are everywhere on the way to the river. The peas have put on their fancy little white flowers which are working so well with the green of the stem, the cabbage prefered a bright yellow and tiny little blue flowers carpet the floor at each step. A few horses walk along the Sikkim side of the mountain, accross the river, and eat the tender and still wet from the rain grass.

After going by the goats to feed the baby one that I named Jacqueline Junior (you see, because her mom is called Jacqueline), I go back to our room to prepare a little bag with my towel, Alasdair’s towel, soap and clean clothes. The sun highlights the boulder on which Alasdair is reading, one toe in the water, and I take out the things. I don’t let myself too much time to think, the place is empty apart from him and me, so it’s the right moment: I undress myself, put the soap next to the water and enter the icy cold river -the water comes from an Himalayan glacier- in a particulary classy dog style. It’s 10 am, the sun is perfect et the cold of the water pickles my skin. I lather myself in less time than I need to say it, and I wrap my towel around me as I go out. The difference in temperature between the water and the oustide air such that I’m instantly hot as I step out. I stay this way for a while before I get dressed again. Alasdair decides to do like me. He yells that the water is hurting him as he enters the river, and we laugh our asses off like a couple of kids while I’m putting my pants on. After that king of shower, you can move mountains.
I head home walking on a very unstable little bridge, and I read in the sunlight while waiting for lunch. Cats are living in harmony with the hens, and I’m in love with this place.

After our mandatory afternoon nap, the redhead and I go out to walk in the setting sun. It’s beautiful, one of the village dogs that I already met this morning and named Jean-Jacques, comes behind us and lie down next to us while we’re having an emotion-loaded conversation (I’m telling you people, talking about real stuff is amazing, you should try it more often !). I love what’s happening. We decide to go and get a tea when, at one of the village’s guesthouse, we run into a couple that we met in Tumling the first night, without really talking to them. We end up having our tea with them. The previous conversation with Alasdair drained a lot of energy from me so I’m not really talking but I’m really happy to see Alasdair chat with a like-minded dude, they use words I hardly ever use but all of it makes sense for me. And then they talk about community, about a place to exchange with other human beings, a topic that moves the redhead a lot because he used to work in that field. And while I’m saying nothing and listening a lot, I understand that the whole concept of community is at the center of my life. I understand how much people need it, everyone is craving it, because it doesn’t exist anymore. We left our villages and our family homes to go study and work in big impersonnal cities, we don’t go to Church anymore because science exists and religion is losing field over it. And as a result, there’s no more places in our modern and western world to just gather and talk about the real things, the emotions and what moves us. This conversation in Gorkhey with Alex, Laura and Alasdair, on an april setting sun, moves me so much that when we get back to our room, I just grab my notebook and write : COMMUNITY. I have no other words, I have no other ideas, but the concept must grow in my mind. I have stuff to do with that. Alea jacta est.

That night, around the dinner table, we announce to Bouddha and the girls that we want to stay an extra day in Gorkhey. Bouddha agrees to leaving us behind, proof that a guide is just a formality on this trek, and the girls are happy for us. For our last meal all together, Bouddha made french fries. HOME GROWN POTATO FRENCH FRIES ! I screamed when he brought them to the table. This last night is amazing. We take our time, sipping our tea after the meal. Life is sweet.

We say good bye to each other after a breakfast made of aludum and small tibetan bread. The rain is back on, and sadly for the girls and Bouddha, it will not really stop throughout the day. We spend our whole morning in bed, reading and chatting. A nap happens again after lunch (FRENCH FRIES HAPPENED AGAIN !) and when we wake up, the rain is lighter. We go out to explore an unknown part of the village where ducks turn out to be living (my favourite animals after cats, I’m like a little girl !) and where a short legged super cute dog walks with us for a while, I name her Evelyn. It’s fun walking in the forest after the rain. With Alasdair, we dream, we talk about community, sustainable farming, living according to the season. All is sweet. Happiness.

Our diner is served after the coming of a group of indian tourist which led to us discovering tongba. It smells like alcohol, Alasdair is curious and orders one: a big mug comes along full of fermented millet and topped with a bamboo straw. Hot water is brought separately and the guy tells us to pour the water onto the millet and let it sit for ten minutes before drinking. I haven’t had an alcoholic drink in almost a a year because I didn’t get the craving but this alcohol is too intriguing to pass on, it smells acidic but it’s also round. Weird. The taste is also weird, but it’s pleasing. The strong point of this alcohol is that when your mug is empty, you just have to add more hot water until the taste disappears. So, to sum up, this is the alcohol with the best quality/price ratio I’ve ever come across: ALAKAZAM, MAGIC, bottomless alcohol ! We’re both a little buzzed when we go back to our two single beds pushed together (ah love !). Gorkhey, you are amazing.

The following day, a blazing sun wakes us up as if to say « guys ! Today is a good hiking day ». We agree with that, and this is the reason we pack our bags happily while our breakfast is being cooked: aludum, chapatis and omelet for the redhead. I feel joyful when I slip into my hiking shoes again, I’ve missed it, I wanna walk. I was right, the landscapes are just amazing: tropical lush forest composed of a fat river, gigantic bambooks, small plants of weed growing freely (never saw that before, I’m happy !) . The temperature is perfect, this reminds me of Reunion Island where I grew up, and when the local ciccadas start chirping happily, it’s like being in the south of France, where are the Pastis and the peanuts ?
Instead of Pastis and peanuts, we get a cup of black tea because this is Ramam, a small village in the Darjeeling area and not the south of France ! Here too we make friends with a dog, I call him Jean-Pierre (absurd names for animals is one of my specialty). He follows us until the outskirts of the village, like a nice little escort. And we start to go downhill surrounded by terrace fields of potatoes and peas. Here the peas are almost ripe, so we grab one to taste: OH MY GOD, it’s so good and fresh and sweet and tasty. This is life. The show we experience going downhill is amazing, dozens of small villages are glued onto the mountain in front of us, the colorful houses are even more beautiful with the sun shining on the valley.
It’s almost 1.30 pm when we arrive next to the river, in the small village named Shri Khola, where an old nepalese Grandma cooks us a feast in less than half an hour. We stuff ourselves like starving children – I’m not far from reality in calling us that, almost a dozen of kilometres hiked this morning with only two chapatis in my belly, I’M HUNGRY.
The tiredness that we owe to the tongba reaches us after the meal, and we discuss the possibility of staying for the night here. But this village is right next to a road and it doesn’t feel like an inspiring place so we decide to get our asses moving to the next -and last- town of this trek: Rimbick. We follow the asphalt road, another dog escorts us (Jean-Louis) until a certain point and then leaves, and after an hour and fifteen minutes, we reach the Sherpa Tenzing Lodge, all blue, a little before the actual town of Rimbick. Perfect, we put our bags down in the dorm of this cute guesthouse – once again, we’re alone in the dorm. The owner, a sweet lady who speaks impeccable English and who’s holding a cute baby girl on her hips, informs us that there is a hot shower (!!!) and that, yes, after Alasdair’s asking, two tongbas will be ready in about an hour.

It’s 4.30 pm when I lie down on one of the single beds with a firm but comfy mattress. And I start to realise. That I’ve just walked 90 kms in 5 days. That I’m about to take a hot shower for the first time in two months. That the man lying in the bed next to bed loves me and that I love him. And, frankly, it’s hard not to have my eyes watering when I’m contemplating this amount of happiness.
The shower is fantastic even though the pressure was inexistant, and because we managed to do a mini-laundry in Gorkhey, I have clean clothes to wear (#simpleneeds). We sit down, clean and tired, around the living room table where the tongbas await us. I shuffle the cards while Alasdair pours the hot water onto the millet and we go through an infinite amount of gin rami games while discussing how beautiful all of this his. The tongbas working their magic, we’re both pretty moved. And it’s nice.
The meal is fantastic and the sleep too. It’s 6.30 am when the jeep drivers honks in front of the guesthouse, even though he said 7 am. So much for a quiet breakfast, I gulp the last of my tea rapidly, we pay the lady and we jump at the back of the jeep. The way to Darjeeling will turn out to be really exhausting: 4h and a half of windy mountain road in the back of a crowded jeep followed by 30 minutes stuck in traffic getting into Darjeeling – returning to civilisation is hard ! A quick detour by Sonam’s Kitchen for a hashbrown smothered in ketchup and we walk the steep road up to our little haven. Our room is still there, Grandma and Grandpa are happy to see us again. When we close our bedroom door behind us, we can’t help but high five the hell out of this adventure that we just finished.
We’ve been back for two days. We saw Victor and the girls again. We read our emails, it took me a whole afternoon to answer everyone, it always moves me a lot to see that all those people are sending me love via writing. I often have to pinch myself.

As I was saying before, it’s hard to compile all the things I’ve learnt on this trek. But maybe the most important part of it happened the second day, just before starting on the steep climbing in direction of Kali Pokhari. I had just said playfully to Alasdair that I couldn’t wait to be back in Darjeeling to enjoy a hot-water-bucket shower. He looks at me, a little amused, and said « Oh come on ! This is not why you’re doing this ! ». And I realised at that moment. That I had no idea why I was trekking. Every answer was possible: the landscapes, the discussions, the physical exercise, the open air, the mountain villages, what else ?
After five days of a first trek, all those answers are true. But I think that the one that I prefer, the one that fits right now, is this one: the reason that makes me love trekking, is precisely because I have absolutely no reason to do it. I’ll let you meditate on this one.

See you for the next story lil’ ones ! I love you !

All the non-credited pictures in this post have been taken by Alasdair Plambeck  ©

Singalila II

Ce qui suit est la suite de ceci. This is the second part of this. Scroll for the English version people !

Quand les réveils sonnent le mardi matin, la lumière baigne déjà le dortoir, et mon corps n’est pas vraiment content. Ca tire de partout, les quinze kilomètres de la veille se font sentir et il fait un froid innommable dès que je tente de sortir de mon sac de couchage. Heureusement, je tourne la tête, et me regardent deux yeux bleus, des yeux que je connais maintenant par cœur mais qui me surprennent toujours par leur intensité. Alors, je souris et mon sourire se reflète dans le sien. Comme il est beau ce moment. Le froid n’existe plus, la douleur n’existe plus, seule existe la joie de me réveiller aux cotés de cet homme formidable. Alors après deux papouilles, j’enfile mon jogging par-dessus mon legging, et je me mets en route pour l’extérieur. Il est 5h du matin et le soleil baigne déjà Tumling de tous les cotés. La visibilité n’est pas géniale, tant pis pour la vue de l’Everest, mais il y a une certaine tranquillité dans l’air, celle d’avant le petit déjeuner, celle d’avant d’attaquer les 20 km qui nous séparent de Sandakphu. Mais tout ça, c’est pour après le petit déjeuner.
Il est encore tôt, la famille qui nous accueille dort encore, chacun son rythme après tout. La petite team de quatre joyeux lurons que l’on forme se pose autour d’une table en bois, au soleil, chacun avec un livre et ça profite de la vie gentiment. Les premiers thés et cafés sont amenés vers 6h30. A 7h30, on est appelés a l’intérieur et quelle joie de découvrir un buffet de gourmandises. Hallucination totale: des petits beignets tibétains qui peuvent se déguster avec du miel, de la confiture ou simplement avec l’aludum, des patates en dès dans une sauce épicée épaisse et grasse. Mon corps réclame du gras à tout prix, c’est bon contre le froid et ça fait d’la calorie pour le chemin. Je ne sais pas encore à quel point je vais en avoir besoin.

On lève les voiles vers 9h, et je me dis que j’aurai du embarquer un quintal de ces putains de beignets. La première partie de la journée se fait en descente douce au travers d’une garrigue. J’ai pas vraiment d’autre mot que garrigue pour décrire: c’est vert, mais vert un peu desséché. Ca change complètement de la veille où on s’est baladés dans des paysages limites irlandais ou écossais. Alasdair marche devant, et je peine en bonne dernière avec les filles entre nous. L’état de mes pieds se dégrade de minute en minute, mon ventre me fait toujours souffrir à intervalles réguliers, et mon état psychologique est catastrophique. Je me dis que je suis une grosse nulle, que je ne vaux pas un clou, que je suis lente. En gros, je me déteste tranquillement pendant la première partie de la journée, et je sens que c’est nécessaire. J’ai peur, une sorte de peur irrationnelle, mon corps me dicte d’avancer un pas à la fois car la seule perspective de devoir marcher encore plusieurs heures me tue. J’ai l’énergie suffisante pour faire le prochain pas, c’est la seule chose que je sais. Alors je regarde mes pieds, en marchant seule à l’arrière, quelques larmes de douleur physique, quelques larmes de rage contre moi-même de ne pas être instantanément la meilleure dans ce sport qu’est le trekking. Pff. Comme si tu pouvais mettre ça dans la catégorie « sport ». Et puis Alasdair finit par me rejoindre, il sent que je souffre, il sait ce que c’est et, là où moi je découvre à peine, lui est passé et repassé. Alors on joue à un jeu pour changer d’énergie, ça marche bien. Je sens que je marche un peu plus vite, mes pieds me font moins souffrir et je ne pense plus à la fin de la journée.
Au troquet de Garibans, on se prend un jus de mangue trop sucré dans une brique pas biodégradable, le tout couronné de quelques amandes et raisins, les meilleurs amis des trekkeurs. Après avoir signé le registre de l’armée disant que oui, on est bien passé par là, j’enlève mes chaussures dans une tentative d’apaiser mes souffrances. Après tout, il nous reste 13 km de montée ardue. Je colle des gros pansements anti-ampoules que je recouvre de sparadrap pour tenter de les faire tenir. (Nota bene: cette technique MARCHE. Les pansements n’ont presque pas bougés pendant les six jours suivants et mes chaussettes n’ont pas été ruinées par les compeeds ! Hosanna pour le sparadrap.) Remettre mes chaussures relève de la torture mais je commence à comprendre que ce n’est que l’affaire d’une vingtaine de minutes avant que la souffrance se mélange à la norme de mon état physique et que mon corps n’en fasse plus vraiment cas.
Au pied de la montée ardue qui nous attends, je tente de débriefer avec Alasdair mon état psychologique, qui varie énormément et c’est pour le moins fatiguant. Je lui explique à quel point le trekking est une bonne métaphore pour la vie, chose qu’il m’avait déjà dit, mais je me sens obligée de lui dire à quel point il avait raison. Ce truc de un pas à la fois, c’est totalement ça. Si je regarde le haut de la montagne, j’ai juste envie de me rouler en boule et d’attendre qu’on vienne me chercher; mais si je regarde mes pieds, un pas à la fois, et ben étonnamment je finis par arriver en haut. Tout ça me perturbe, je sens mon cerveau en pleine ébullition en même temps que mon corps est obligé de lâcher-prise, obligé parce que l’alternative du lâcher-prise n’est ni plus ni moins que la mort. Il faut avancer, sinon tu meurs, mais tu ne peux pas avancer en te concentrant sur le but alors avance juste un pied après l’autre et ça va le faire. Bon, bien entendu, y’a aucun risque de mort réelle hein, c’est juste une manière d’exprimer ce qui se passe de manière primaire, primitive dans le cerveau reptilien; j’ai pas de meilleurs mots pour exprimer le flot d’hormones que je reçois dans la tronche en ce deuxième jour de trek. Alors on parle, on parle, on parle. Les filles sont loin devant avec le guide, et on parle de tout et de rien avec Alasdair, la conversation est fluide et m’emporte. On croise des mecs avec des chevaux, on a la chance de voir un panda roux sauvage (!) et puis au détour d’une falaise, on arrive dans le village de Kali Pokhari où Bouddha a déjà commencé à éplucher des patates avec une vieille femme népalaise. Le déjeuner est en cours de préparation.
J’enlève mes chaussures, et considère sérieusement le fait le faire une sieste, mais ça serait du suicide ! (voyez, j’aime bien utiliser des mots forts haha). Mon cerveau se débranche jusqu’à l’arrivée de la nourriture, un petit bénédicité vite fait et on se jette comme des chacals sur le tout. J’ai rarement eu aussi faim de toute ma vie, ça fait un bien fou. Une fois les ventres pleins, on prend une petite quinzaine de minute pour digérer et il est temps de passer à l’étape compliquée: remettre les chaussures. La procédure devient de plus en plus simple pour moi, et je commence à comprendre que tout n’est qu’apprentissage dans un trek et à fortiori dans la vie. Cool.

La portion qui nous sépare de Sandakphu fait environ 7 km, ce qui en soit est pas énorme, mais on se prend 600 mètres d’altitude dans la gueule. Alasdair décide de partir en tête, et étonnamment les filles et moi on a le même rythme toute l’aprèm. Bouddha est pas loin devant et on se balade dans des petits villages trop mignons à base de bébés chèvres se baladant dans les montagnes en criant joyeusement, rhododendrons en fleurs, brume mystique et montée pas si ardue que ça. Enfin. Jusqu’à un point seulement. A un moment donné, t’es juste obligé d’arrêter de parler, et de compter tes pas. Pour ma part, je compte jusqu’à 8 puis je repars de 0. Comme un prof de danse. Jo compte jusqu’à 200 et fait une pause à 80. Chacun son style. Les escaliers sont d’une violence sans nom et quand je mets le pied sur le sol plat de Sandakphu, mes pieds ne sont plus qu’une montagne de souffrance, de brûlures et de chair à vif. Je suis à 3636 mètres d’altitude.
Bouddha, qui a désormais compris le genre d’endroits où on veut dormir et le genre de prix qu’on est prêts à mettre, nous amène vers une petite bicoque et nous ouvre la porte d’une chambre absolument hilarante. Un gigantesque lit, pouvant aisément contenir quatre personnes et des couvertures de partout. ON PREND ! Malheureusement, aucun signe d’Alasdair qui pourtant devrait être là depuis un moment. Après une heure de calme et de rationalisation de la situation, suivie de trois quart d’heure d’angoisse irrationnelle, Bouddha apparait dans l’encadrement de la porte de la bicoque suivi par un Alasdair en sueur et épuisé. Le gars avait pris à gauche quand nous on a pris à droite, et s’est baladé coté népalais pendant un bon moment avant de comprendre qu’il avait merdé. HA HA. Pauvre petit. Lui qui avait pour projet de camper à Sandakphu, la force qui lui reste lui permet uniquement de se changer et se blottir dans son sac de couchage sur le lit que l’on a déjà rebaptisé « le lit des grands parents de Willy Wonka ». Appellation qui s’est vérifiée un peu plus tard quand, pour cause de touristes indiens squattant la salle à manger, Bouddha a amené une table dans notre chambre pour nous servir le dîner. #LIFE
A 20h, toutes les lumières sont éteintes, et il a été spécifié à Bouddha qu’il ne réveille que si le ciel est clair et la visibilité excellente.
Au petit matin, ce sont de nouveaux les yeux bleus du rouquin qui me réveille. La visibilité n’étant pas concluante, Bouddha nous a laissé dormir tout notre saoul et ça fait du bien. Après un petit déjeuner au lit composé d’omelettes pour mes trois compagnons, et de pain grillé pour moi (le deal étant :je refile mon omelette à Alasdair qui ne mange pas de gluten et il me refile son pain puisque je ne mange pas d’omelette – MEILLEUR ARRANGEMENT EVER), Bouddha nous fait comprendre gentiment qu’il faut sortir du lit maintenant et continuer à marcher. Dommage, j’aurai bien passé quelques heures de plus à lire sous la couette …

Ce troisième jour de marche est le plus flou de tous. Mes pieds, mon corps tout entier ont fini par se rendre, au prix de ma présence mentale. Je suis là sans être là, je parle mais rien de s’imprime réellement dans mon cerveau et tout est dur. Mes jambes sont fatiguées et, même si le chemin est relativement plat, la moindre petite montée est compliquée. Avec Alasdair, on papote de tout et de rien en regardant les troupeaux de chevaux nous passer devant. Les paysages s’enchainent de nouveau sans logique aucune: les steppes désertiques aux arbres calcinés laissent place à une végétation verdoyante et toute en floraison. Quand mes pieds n’en peuvent plus, je vois Bouddha qui se dirige vers un troquet en nous disant « Lunch, lunch ». Il ne m’en faut pas beaucoup plus pour gagner 500 points sur l’échelle de la joie – quand je vous disais que voyager ainsi réduit les besoins et augmente de ce fait le bonheur ! Sauf que deux minutes plus tard, il ressort du troquet, la mine déconfite: « il y a beaucoup d’indiens en train de manger, et il n’y a plus de riz. » PLUS DE RIZ ? On se casse d’ici ! Bon ok, un petit thé, mais après on se casse. Le temps pour moi de changer de chaussettes, et Bouddha nous annonce qu’on ne peut pas rejoindre Phalut ce jour-là, parce que le même groupe d’indiens va à Phalut et a déjà réservé la totalité des chambres disponibles dans ce lieu. Il nous faut donc dormir à Molley, c’est un peu à l’écart du trek mais à 3 kilomètres a peine, en descente.
On se dit qu’on a pas trop le choix, et on bouge direction Molley. L’occasion d’encore une bonne discussion avec Alasdair sur la vieillesse et la mort (sympa comme sujet de conversation non ?). Quand on arrive à Molley, les filles sont déjà installées sur des lits simples plantés dans une petite chambre à 4 lits. C’est cosy, c’est confortable et, puisqu’il n’est que 14h, il fait chaud ! Bonheur. Le déjeuner est préparé avec amour et on mange de nouveau comme des gros chancres. C’est toujours du riz, des patates et du dal, mais putain, putain, c’est toujours un régal. Un petit thé au gingembre, et nos sacs de couchages nous appellent pour une sieste de gros amplement méritée. Et quel bonheur d’avoir le temps de se laisser sombrer dans le sommeil en milieu d’après-midi, quel bonheur pour mon petit corps de n’avoir pas eu à marcher les 20 kms prévus initialement mais seulement 14 petits kms. On apprend à se contenter de peu en trekkant: une chambre pour nous quatre avec des toilettes -à la turque- propres rien qu’à nous, un repas chaud et un après midi entier à glander, MAZETTE, Molley je t’aime.
Une petite balade au soleil couchant et au retour, emmitouflés dans nos sacs de couchage, Alasdair et moi on se pose avec un bouquin. Mais le silence dure peu de temps: j’ai besoin de partager avec lui à quel point c’est dur 1) de trekker et 2) de trekker avec lui. La discussion n’apporte pas de solutions, de toute façon, je n’en cherchais pas, mais elle me fait du bien. Je me rends compte que je ne suis pas dans la tolérance vis-à-vis de moi-même, plutôt l’inverse. Je me flagelle beaucoup au lieu d’accepter, et c’est un cercle vicieux que j’ai du mal à enrayer pour le transformer en cercle vertueux. Il me donne ses astuces de méditation, parce que au final, mettre un pied devant l’autre en suivant un chemin, c’est ni plus ni moins que de la méditation, et c’est bien pour ça que c’est difficile. Les ampoules, les jambes fatiguées, c’est rien comparé à l’échantillon d’émotions que tu ressens en une journée, voire même juste en une heure. Et même si on te prévient que le trek c’est comme ça, tu oublies, et tu t’attaches à chaque émotion qui te traverse alors qu’il faut juste la laisser te traverser justement. Quand je lui partage toutes les émotions que je traverse, il me regarde d’un air las et me dit « tu sais, les choses que tu ressens en trekkant, faut pas les prendre au sérieux. » Je me sens d’abord frustrée mais en réalité, il a raison. C’est l’attachement à chaque émotion qui est fatiguant, pas les émotions en elles-mêmes.
Je comprends pas mal de chose, et ma récompense me parvient sous la forme de Bouddha qui tape à la porte en criant « MA’AM ! DINER ». Bonheur, encore et toujours. [La suite au prochain article]

Toutes les photos non-créditées de cet article ont été prises par Alasdair Plambeck ©

Singalila Trek
La garrigue himalayenne/ The Himalayan garrigue
Singalila Trek
Rhododendrons, rhododendrons, rhododendrons.
Singalila Trek
La vue depuis l’excursion hors piste d’Alasdair/ The view from Alasdair’s off-trail excursion
Singalila Trek
Steppes aux arbres calcinés après Sandakphu/ The burnt up steppes with weird-trees after Sandakphu
Singalila Trek
Les filles explorent le vide/ Girls exploring the emptiness
20170412_123109
Nos jambes refusent d’avancer/ Our legs refuse to go any further/ Crédit photo: Jo.
Singalila Trek
Collage bleu sur fond bleu avant Molley / Blue on blue before Molley

When the alarms go off on the tuesday morning, sunlight already floods the dorm, and my body is really not happy. My muscles are sore, we definitely walked fifteen kilometers yesterday and it’s cold as fuck as soon as I try to go out of my sleeping bag. Thankfully, I turn my head to the side, and there, looking at me, are two blue eyes, eyes that I know all too well by now but somehow they always end up surprising me by their intensity. I smile, and my smile is reflected in his. How beautiful that moment is. The cold no longer exists, the pain no longer exists, only joy of waking up next to that amazing man remains. After a little awkward wormish cuddle session, both in our own sleeping bag, I put on my longjohns on top of my leggings, and I walk outside. It’s 5 am and Tumling is already bathing in the morning sunlight. The visibility is not great, so much for the view of Everest, but there’s a certain tranquillity in the air, the one that comes before breakfast, before the 20 km separating us from Sandakphu. But all of this, is for after breakfast.
It’s still early and the family that hosts us is still asleep, everyone has their own rythm after all. Our little team of four then decides to grab chairs and chill on the outside table, mountain-sunbathing, each with a book. The first coffees and teas arrive in front of us around 6.30 am. At 7.30 pm, we get called Inside and oh my god, you should have seen that buffet of gorgeous food: small tibetan deep fried bread that you can have with honey, jam or simply with the aludum, small pièces of potatoes soaking in a spicy and oily sauce. My body wants and needs the fat, it’s good against the cold and it’s just that much more calories for the trail. I have no idea how much I’m gonna need it.

We set off around 9 am, and after 10 metres, I’m already thinking I should have packed a dozen pound of those fucking deep-fried little breads. The first part of the day is going downhill through a slightly dry landscape. In french we call it garrigue, and that’s the only word that I have to describe the kind of dried green that surrounds us right now. It’s totally different from yesterday when we were walking up in almost irish or scottish landscapes. Alasdair is walking in the front and I’m struggling far behind everyone else, the girls walking in between us. The state of my feet is degrading with every passing minute, my stomach is still aching with an outstanding regularity and my psychological state is catastrophic. I’m telling myself that I’m a lousy trekker, that I’m worth nothing, that I’m slow. All in all, I spend the first part of my day loathing myself, and I feel that it’s necessary. I’m afraid, a sort of irrationnal fear, my body is telling me to walk one step at a time because the sheer thought of having to walk a few more hours is killing me. I have enough energy to make the next step, it’s the only thing I know. So, I just look at my feet, walking alone at the back, a few tears of physical pain, a few tears of self-hate for not being instantly the best at this sport that is trekking. Pff, what a load of bullshit, as if you could put trekking into the « sport » category. After a while Alasdair joins me in the back, he can feel that I’m aching, he knows what it is. And, the things I’m only discovering, he’s been through over and over. So we play a game to change the energy in the air and it works well. I’m already moving a little faster, my feet are not hurting as badly as before and I’m not thinking about the end of the day.

At Gariban’s watering hole, we get ourselves a way-too-sugary mango juice that’s packaged in a non bio-degradable pack, and a couple of raisins and almonds, the trekker’s best friends. After signing the army large notebook to say that yes, we were here, I take off my shoes in an attempt to ease my sufferings. After all, we still have 13 km of steep climbing to do. I put on plasters that I ensure with sport tape. (Nota bene: this technique WORKS. The plasters almost didn’t move throughout the next 6 days, AND they didn’t ruin my socks. Hurray for sportstape). Putting my shoes back on is almost torture but I’m starting to understand that it’s only a matter of twenty minutes before the pain blends in with the norm of my physical state and before my body doesn’t care anymore.

At the foot of the steep climb, I try to talk with Alasdair about my psychological state which is varying a lot and the fact that it is, to say the least, exhausting. I try to explain how trekking is a good metaphor for life, which is something he already told me before, but I feel obligated to tell him how much he was right. This one step at a time thing, it’s fucking bang on. If I look at the top the mountain, I just want to curl in a ball on the floor and wait for people to come and get me; but if I look at my feet, one step at a time, oddly enough, I manage to get to the top. All of this is really confusing for me, I feel my brain bubbling at the same time that my body is forced to let go, forced because the alternative is nothing but death. You have to keep walking, otherwise you’re dead, but you can’t do this if you focus on the goal, so you just keep walking, one foot after the other and it’s all going to work out. OKAY. Of couuurse, there’s no risks of actual death duh, it’s just a way to express what is happening on the primal level in my reptilian brain; I don’t have better words to talk about the flood of hormones that my brain is throwing in my face on this second day of trek. And so we talk, talk, talk. The girls are far in front with the guides, and with Alasdair we chat about everything and nothing, the conversation is easy and kind of takes me away. We cross path with guys driving horses, we see a wild red panda (!) and then, after a big cliff, we set foot in the small village named Kali Pokhari where Bouddha is already peeling poatoes with an old nepalese woman. Lunch is in the making.

I take off my shoes once more and, for a moment, seriously contemplate the idea of taking a nap, but I realise quickly that this would be suicide (see, I like using strong words haha). My brain unplugs itself until the food comes, a small grace is said and we throw ourselves on the food like coyotes. I’ve rarely been this hungry throughout my whole life and it feels amazing. Once the bellies are full, we give ourselves a little fifteen minutes digestion break and it’s time to go through that complicated process of putting the shoes back on. Although, the process seems to be getting easier and easier for me, and I’m starting to realise that everything is just a learning process, whether in a trek or in life. Cool.
The portion of trail that separates us from Sandakphu is around 7km, which is failry short, but we do have 600 metres of altitude to gain. Alasdair decides to walk ahead at his own pace, and surprisingly enough, the girls and I end up having the same rythm all afternoon and walking along with Boudda. We go through super cute villages made of baby goats running in the mountains, their cries echoing around us, blossoming rhododendrons, eerie mist and not-so-steep climbing. Well. That is, up to a certain point. Because there comes a point where the only thing you can do, is count your steps. As for myself, I count up to 8 and start again, like a dance teacher. Jo is counting to 200 and pauses at 80. Everyone has its style. The stairs leading up are a rare breed of monsters and when my feet touch the flat floor of Sandakphu, they are just a rotting pile of aching and suffering, of burning and raw skin. I am at 3636 metres of altitude.
Bouddha, who by now understands the type of places where we want to sleep and the type of prices we’re willing to pay, takes us to a small house -shed would be a better word- and opens the door to an hilarious room: a gigantic bed which can easily fit 4 people and plaids and blankets everywhere. WE’LL TAKE IT !
Unfortunately, no signs of Alasdair who should already be here. After an hour of patience and rationalisation of the situation, followed by 45 minutes of irrationnal anxiousness (OH MY GOD HE FELL DOWN A CLIFF/ HE SPRAINED HIS ANKLE AND WILL DIE OF HUNGER), Bouddha appears through the door followed by a sweaty and exhausted Alasdair. The guy took the left turn when we took the right and ended walking in Nepal for a while before realising he fucked up. HAHA. Poor lil boy. His project of camping in Sandakphu went to shit when all the strengh he could summon after his day only allowed him to change into dry clothes and bundle up into his sleeping bag onto the bed we had already called « Willy Wonka’s grandparents bed ». The name was verified later when, because of indian tourist squatting the living room, Bouddha brought a table in our room to serve us diner. #LIFE.
At 8 pm, all the lights are off, and we specified to Bouddha to wake us up only if the sky is clear and the visibility excellent.

Early morning, it’s again the redhead’s blue eyes that wake me up. The visibility was not great, Bouddha let us sleep as long as we wanted and it feels nice. After a breakfast in bed made of omelets for my three companions and toasts for me (the deal being: I give my omelet to Alasdair who doesn’t eat gluten and he gives me his share of bread because I don’t eat omelet – BEST DEAL EVER), Bouddha pushes us gently out the door and on the trail. That’s too bad, I would’ve loved to read a little while longer under the covers …

That third day on the trek is the most blurry of all. My feet, my whole body have surrendered; at the cost of my mental presence. I’m here without really being here, I talk but nothing really sets in my brain, and everything’s hard. My legs are tired, and even though the trail is relatively flat, the tiniest little hill to walk up is torture. With Alasdair, we talk about everything and nothing while watching the herds of horses pass us by. The landscapes change once again without any logical linking in between then: desertic steppes with burned up trees are followed by a lush, green and blooming vegetation. When my feet really can’t take it anymore, Bouddha walks towards a place all while saying « Lunch, lunch ! ». There’s nothing I like to hear more than that and I gain 500 points on the happiness scale – when I was telling you that travelling lowers your need and ups your happiness !
The thing is, two minutes later he comes out of the place with a weird face : « there’s a lot of indian people eating there and they have no more rice. » NO MORE RICE ? We’re outta here. Alright alright, I‘ll have a ginger tea, but then we’re outta here. Just enough time for me to change my socks and Bouddha announces us that can’t reach Phalut today, because that same indian group is going thereand already booked all the available beds. We then have to sleep in Molley, a little village off the trail but only 3 kilometres away and downhill.
We realise that we don’t really have a choice and we set off in direction of Molley. That small walk gives place to a super interesting discussion with Alasdair about aging and dying (nice fun topic right ?). When we arrive in Molley, the girls are already sitting on their beds in a small 4-bedroom dorm. It’s cosy, comfy and, because it’s only 2 pm, it’s hot ! Happiness.

Lunch is prepared with love and once again, we eat like big fat coyotes. It’s always rice, potatoes and dal, but man, oh man, it’s always delicious. A small ginger tea and our sleeping bags are calling us for a well-deserved fat nap. And what joy it is to have the time to sleep in the middle of the afternoon, how happy my little body is that it didn’t have to walk the forcasted 20 kms but only a mere 14 kms. I’m learning to be happy with less while trekking: a four-bedroom dorm with a clean squat toilet just for us, a hot meal and a whole afternoon of doing-nothing-ness, WOA, Molley I love you !

A small walk in the setting sun and when we get back, all bundled up into our sleeping bags with our books. The silence only lasts for so long: I feel the need to share with him how hard it is 1) to be trekking and 2) to be trekking with him. The conversation brings no solution, I wasn’t looking for one, but it feels nice. I realise there and then that I’m being the opposite of kind with myself on this trek. I’m indulging in a lot of self-loathing instead of just accepting what is, and it’s a vicious circle that I find hard to stop and transform into a vertuous one. He shares with me his meditation tips, because, after all, putting one foot in front of the other while following a path is nothing more and nothing less than meditation, and this is precisely why it is so hard. The blisters, the tired legs, it’s nothing compared to the sample of feelings that you experience in one day, or even just an hour on the trek. And even if people warn you and tell you about that happening, you tend to forget and you tend to get attached, and offer resistance to every emotions going through you when you should just allow it to let it go through you, duh. And when I’m sharing with him all the feelings I’m going through, he looks at me, a little bit weary, and tells me : « you know, the feelings you get while trekking, you shouldn’t take them too seriously ». I first feel frustrated at that thought, but suddenly realise, he’s right ! It’s me getting attached to the feeling, and offering resistance to them, that makes it tiring, not the feelings themselves.
I understand a lot that night in Molley, and my reward comes in the form of Bouddha, knocking on the door, yelling: « MA’AM ! DINER. ». Happiness, again and again. [Next episode on the next post. TAM TAM TAAAM] [That was the cliffhanger music, like it ?]

All the non-credited pictures in this post have been taken by Alasdair Plambeck  ©

Darjeeling & Singalila I

Scroll for the english version people !

Ah ! Comme il est bon, comme il est bon, de se retrouver face à l’écran d’un ordinateur pour apposer des mots sur tout ce qui est vécu ici. Permettez-moi de me replonger au début pour bien vous raconter. Un, deux, trois, plouf.

C’est il y a un peu plus de deux semaines que l’on débarque, Alasdair et moi, dans la ville de Darjeeling. Un vendredi après-midi, à courir dans les rues escarpées de cette ville colorée et pleine de bling-bling destiné aux touristes locaux, pour trouver un endroit où dormir qui ne soit pas un hôtel luxueux au prix ahurissant, le tout avant que la nuit ne nous tombe sur la gueule. La tombée de la nuit est la peur des voyageurs, c’est primitif mais ça exprime bien ce que voyager ainsi signifie: répondre aux besoins primaires qui sont avoir un abri pour la nuit, de quoi se sustenter et s’hydrater et, de temps en temps, un brin d’eau et de savon pour se sentir propre. Pas compliquée la vie.
Toujours est-il qu’on finit par trouver, au détour d’une ruelle improbable – toutes les ruelles sont improbables à Darjeeling, c’est la version moderne du labyrinthe de Dédale – une petite maison toute en étages et boiseries, avec une pancarte. Ko Ko Mhendo’s Guesthouse. Oh putain ! Une guesthouse, et pas un hôtel. On fonce. Je sue, il fait froid, la nuit est presque tombée, on a déjà demandé les prix dans une petite dizaine d’endroits et la civilisation semble disparaitre au fur et à mesure que l’on monte les étages de cette ville bâtie à flans de montagne.
La grand-mère nous accueille, sourire méfiant et bienveillant à la fois (faudra qu’elle m’explique sa technique parce que combiner ces deux intentions dans un sourire, j’avais jamais vu !), pendant que le petit fils d’environ 9 ans nous amène dans une chambre surréaliste. 3 mètres de hauteur sous plafond, des grandes fenêtres, du lambris de partout, au moins 20m² au sol et un grand lit entouré de petites statuettes de Bouddha. On se fout du prix, même si le petit nous annonce quelque chose qui est enfin dans notre budget, et on pose nos sacs. On est à la maison.

Une dizaine de jour se passent, avec son lot d’événements: une turista efficace pour moi, un article de blog particulièrement difficile à pondre pour Alasdair (ça valait le coup, l’article m’a fait pleurer comme un chaton abandonné, well done) et puis simplement le processus d’apprivoisement de cette ville qui s’avère étrange à sa manière. Très touristique, mais touristes locaux, la mentalité est loin de celle que j’ai expérimenté jusqu’à présent en Inde: plus de bling-bling, plus de fric, plus de consommations. Les touristes locaux ont du blé et sont là pour se faire voir, ça snape des selfies à chaque pause-caca et ça paye des petites mamies des sous-castes pour porter les valises en haut des rues pentues de Darjeeling. C’est un autre monde, et même si ça choque mes yeux d’occidentale, je suis aussi très reconnaissante de pouvoir me confronter à cette différence de mentalité. Ca me change, ça me modèle tous les jours parce que c’est un gros rappel: ma vision des choses n’est qu’une vision des choses, par conséquent, je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. Ne me demandez pas quel philosophe a pondu cette idée et quand, mes cours de philo du lycée n‘emmerdaient au plus au point, mais ce gars avait tout compris.
Darjeeling, c’est tout de même sympa une fois que t’as compris où passer ton temps. Déjà, y’a notre petit nid d’amour chez Mah-ji et Papa, nos hôtes que l’on appelle aussi Grandma and Grandpa. Les réveils sont matinaux et les matinées lentes; un jour sur deux on fait notre petite routine sportive à base de jumping jacks, pompes et abdominaux. On se concentre beaucoup sur les jambes aussi, pour se préparer au trek que l’on attaque dans quelques jours. Le reste des journées est divisé entre Sonam’s Kitchen, petit établissement familial qui nous a pris sous son aile et qui sert des petits déj occidentaux – après la turista, j’avais plus vraiment envie de bouffe indienne et c’était parfait de se faire servir des gros toasts de gros pain de campagne (!) avec une galette de pommes de terre arrosée de ketchup, après deux mois en Inde, une petite cure de bouffe occidentale, ça fait du bien – et l’Himalayan Java Café, un espèce de Starbucks népali aux meubles minimalistes et aux boissons ultra-chères, mais qui a le mérite de posséder l’internet le plus performant qu’il m’est été donné de tâter en Inde. Amen pour ça.
Le soir, on remonte tranquillement la pente qui nous ramène chez Grandpa and Grandma, on dépose nos affaires sur le lit et on va se poser chez notre copine de Mystick Mountain, qui nous prépare des portions de légumes au prix dérisoire, le tout assortis de riz délicatement parfumés d’épices. Un petit dal (mais si tu connais, la soupe de lentilles corail !), et on est prêts à aller s’effondrer sur notre lit avec un épisode Modern Family. Un petit bouquin et généralement, nos yeux se ferment tous seuls autour de 20h30. La vie, la vraie, c’est pas chez Auchan, moi j’te le dis.

Après quelques jours de ce petit programme, on est comme des coqs en pattes. On a toutes les infos qu’il nous faut sur le Singalila Ridge Trek, alors le lundi 10 avril au matin, on descend une partie de nos affaires dans le salon de Grandpa et Grandma pour qu’ils nous les gardent pendant qu’on crapahute dans les montagnes. Un petit crochet par Sonam’s pour la désormais traditionnelle galette de pommes de terre précédée par un bénédicité de païens qu’on a mis au point quelques jours auparavant et dont on est très fiers. Rigole pas, toi dans le fond, c’est un super exercice pour être reconnaissant d’avoir tous les jours de la nourriture à manger, c’est pas donné à tout le monde et honnêtement, j’apprécie beaucoup plus la vie depuis que je fais ces exercices de reconnaissance spirituelle trois fois par jour. Parce que, y’en a des trucs pour lesquels être reconnaissants. Bref, je m’égare, comme d’habitude, mais si tu es là, c’est que tu me connais (ou pas), et tu sais (ou pas) comment je raconte les histoires, ça part un peu dans tous les sens mais au final, ça marche bien.

Je m’apprête à finir ma galette de pommes de terre quand deux nanas débarquent dans le resto, foncent sur nous, et nous disent « Vous allez à Mane Bhanjang, right ? ». Dans l’autre salle du troquet, en face de la rue, Victor, un français rencontré la veille, me fait un grand sourire avec un petit signe de la main et à la blonde de renchérir « Victor nous a dit que vous partiez ce matin, ça sera peut-être plus simple de choper une jeep si on est plus nombreux. » Elle a raison, son énergie nous prend au corps et nous empêche de dire autre chose qu’un « Ouais, parfait » un peu hébété. C’est presque obligatoire d’être hébétés devant un enchainement si parfait des événements. Les filles doivent finir quelques trucs avant de partir, ça tombe bien, on a une partie de cartes à finir avec le rouquin (j’aime bien appeler Alasdair comme ça dans mon petit monde, parce que j’aime bien qu’il soit rouquin hinhin) (et j’aime bien aussi faire des rimes stupides, poil au bide).

Une partie de cartes et un bisou à Victor plus tard, les quatre mousquetaires que nous sommes se mettent en route vers le bas de Darjeeling d’où partent les jeeps partagées direction Mane Bhanjang, la ville de départ du fameux trek. Une heure de route de montagne serrés comme des sardines plus tard, le chauffeur nous lâche devant une guitoune où l’on doit présenter nos passeports et nos visas. Ca sera le premier contrôle d’une longue série, cette zone étant très précisément la frontière entre le Népal et l’Inde, les militaires sont partout et ont surtout l’air de se faire bien chier à griffonner des noms et des nationalités de petits blancs sur des grands cahiers. A quoi ça sert ? Je ne suis pas sûre, mais on remplit le contrat.
On a aussi entendu dire qu’il nous faut un guide, que malgré la clarté du sentier, c’est la règle, on risque une amende sinon. Bon, bah, allons alors. Sarah et Jo, que l’on appellera the girls par la suite, nous propose de partager un guide et donc de s’embarquer dans cinq jours de trek ensemble. Voyageuses indépendantes à la base, elles nous disent qu’elles aiment leurs solitudes aussi, qu’on a pas a s’en faire, on sera pas les uns sur les autres. Puis elles avancent le point le plus important: on partage le prix du guide. On se pose sur une marche devant une maison pour discuter de tout ça avec Alasdair, il est 12h30, on a rendez-vous à 13h15 devant l’office des guides et porteurs de la région. Il est clair que c’est une bonne idée, et quitte à devoir prendre un guide, ce qui ne nous enchante guère, autant qu’on soit nombreux. La décision est prise, on rejoint les filles dans une guitoune qui sert du thé et des momos (petits raviolis vapeurs plein de légumes à la chinoise), j’en avale deux plâtrées et à 13h15 on rencontre notre guide : Bouddha. J’aime bien ce genre de cadeau de l’Univers: faire mon premier vrai long trek dans la partie basse de l’Himalaya avec l’homme que je considère déjà comme mon partenaire de vie (en anglais on dit life partner, ça claque mieux, non ?), deux meufs qui paraissent cool et avec un guide qui s’appelle Bouddha, quoi de mieux ?

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Nous coté Népal// Us on the nepalese side// Crédit photo: Jo

Le temps de refaire nos lacets et hop, on fait les quelques mètres qui nous séparent de la frontière avec le Népal. Je traverse la route et fait la blague classique de « oh mon Dieu, on n’est plus dans le même pays ». Cette blague me fera toujours rire et Alasdair finit par pouffer comme un môme après avoir essayé de garder son sérieux. J’ai trouvé le jackpot avec ce mec, je crois. Une fois la blague finie, on passe au guichet du Parc National de Singalila pour payer nos 200 rs nous offrant le droit de nous balader pendant des jours au cœur d’un vivier de rhododendrons et magnolias, d’arbres centenaires abritant des oiseaux colorés et des pandas roux sauvages. Pour info, 200 rs, c’est 1,50 €, pas dégueu.

Commence un gigantesque lacet de route bétonnée, on n’ est pas super heureux de marcher sur ce genre de sol quand la nature est si belle autour, mais bon, faut bien rejoindre le haut de la montagne et puis, si y’avaient pas de routes, comment les gros indiens riches de Calcutta feraient-ils pour monter tout en haut sans effort pour prendre des photos et redescendre 30 minutes après ? Bon, ok, je suis un peu acide sur ce coup. La route permet aussi à tous les villages d’altitude de s’approvisionner en riz et autres denrées alimentaires. M’enfin, en ce premier jour, y’a une légère frustration entre l’obligation d’avoir un guide, la route qui vomit les jeeps avec une grande régularité nous obligeant à nous immobiliser sur le bas coté et puis, le corps qui gueule un peu: 800 mètres à monter en une après-midi, j’ai beau avoir fait ma petite routine sportive tous les deux jours depuis quelques semaines, les jambes et le cœur en prennent un coup. Ca monte, et c’est dur.

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Souffrir en silence et admirer la beauté // Suffering in silence and admiring the beauty.

Quatre heures après notre départ, une bonne demi-douzaine de paysages différents nous en ont déjà mis plein la gueule. Mon estomac, qui allait mieux depuis un ou deux jours, fait de nouveau des siennes. Le froid se fait sentir au fur et à mesure qu’on monte, je sens d’ores et déjà que cette expérience va être plus compliquée que ce que je pensais. Je ne pensais pas grand-chose, j’ai juste décidé d’y aller et vaille que vaille.

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Alasdair bossant sur les rhododendrons // Alasdair hussling hard on the rhododendrons // Crédit photo: Jo

En arrivant au premier village nommé Tumling, Alasdair est agacé, je suis fatiguée, j’ai mal au ventre et je me surprends à m’en vouloir de ne pas être plus performante. Ce sont les prémices d’un grand apprentissage, mais pour l’instant, une partie de moi se sent coupable de ne pas être meilleure, et je crois je prends personnellement l’agacement qu’Alasdair ressent par rapport à plein d’autres choses. Tout cela est encore à l’état de bourgeon dans mon esprit, ce n’est que le début, et je ne mets même pas ces mots sur tout ça.

Singalila Trek
Levé de lune avant Tumling // Moonrise before Tumling

Le soleil va se coucher et les couleurs à Tumling, 3000m d’altitude, sont incroyables. Du rose nacré flottant sur un horizon bleu, les silhouettes des montagnes se découpent comme un décor surréaliste. Le vent souffle et à nos pieds, la vallée est remplie de rhododendrons en fleurs, comme des explosions de rouge éclatant, de rose fuchsia. Des points blancs de magnolias soulignent cette peinture hallucinante. Ce genre de spectacle a tendance à faire oublier les souffrances de la montée, ou à leur donner du sens. Quoiqu’il en soit, un apaisement s’empare de moi.
Bouddha tente de nous refiler des chambres à 1000rs dans une lodge pour riches indiens, on fuit brutalement pour se mettre à la recherche d’un endroit décent. Le problème quand tu voyages comme je/on voyage, c’est que plus ça a l’air luxueux, moins t’as envie de t’y installer, peu importe le prix, tu finis par aimer les endroits un peu pourris parce que tu sais que c‘est dans ceux-là qu‘il se passe les vraies choses. On finit par trouver un petit dortoir à 200rs le lit, c’est spacieux et on est les seuls dans le dortoir: PAR-FAIT. Je découvre pour la première fois la joie d’enlever des fringues humides de transpiration de la journée de trek pour se changer dans des couches de vêtements chauds. Enlever des chaussures de randonnée, surtout lorsqu’elles foulent leur premier trek, est une sensation indescriptible. Des ampoules ont commencé à se former durant cette première journée et quelle joie, quelle joie d’enfiler des grosses chaussettes et des birkenstocks (OUI BIRKENSTOCK ET CHAUSSETTES, OUI) pour aller boire un thé dans la pièce commune, seule pièce chauffée de la baraque.

Autour de la table, en attendant la nourriture sainte, aucun de nous ne parle réellement. La fatigue nous prend par surprise. Il est 18h30 et si je n’avais pas aussi faim, j’irai me coucher directement. Les conversations en anglais dépassent les compétences de mon cerveau épuisé, je laisse les mots passer au dessus de ma tête. Je me concentre sur les pieds d’Alasdair, que je masse consciencieusement. Et puis enfin ! La nourriture nous est servie. Le bénédicité n’a jamais été aussi bref et aussi intense. Le riz est servi avec une énorme cuillère et des petites patates revenues dans de l’huile et enrobée d’épices viennent complimenter le tout. La soupe de lentilles arrose largement le tout et des cuillères de pickles – brunoise de légumes et graines de moutardes fermentées dans du vinaigre – viennent agrémenter ce plat déjà digne des maharajas. Les premières bouchées me remplissent de saveurs et d’une joie sans nom. Et à mesure que mon estomac se remplit, mon cerveau s’éteint de plus en plus. Après un grand merci aux cuisiniers, et à notre guide, on convient d’un réveil à 5 heures pour admirer la vue, et on monte s’effondrer dans nos lits, non sans qu’Alasdair ne nous ai toutes motivées à nous laver les dents. Avec le froid, c’est un miracle que je sois ressortie de la chambre pour aller aux lavabos, non pas que la température soit plus clémente à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais bon. Il est 20h20 la dernière fois que quelqu’un mentionne l’heure, les frontales s’éteignent, et le sommeil nous gagne. [La suite au prochain article … *musique de suspens*]

Toutes les images non créditées ont été prises par Alasdair Plambeck ©


Ha ! How amazing it feels, how amazing it feels, to be once again in front of my computer to put words everything that‘s happening here. Allow me to go back to the beginning so I can tell you the story right. One, two, three, poof.
It’s a little over two weeks ago that we arrive, Alasdair and me, in the town called Darjeeling. We spend the  friday afternoon running around the small alleys of this colorful town. It’s full of bling-bling, especially designed for the local domestic tourists, and we have to escape all of it to find a place to sleep that is not a luxurious hotel with ridiculous prices. All of this before the night falls onto us.
Nightfall is the fear of every traveller, it’s very primal but it says a lot about what travelling means; answering the basic human needs which are: having a shelter for the night, food and water, and from time to time, a bar of soap and a lil’ bit of water to feel clean. Life is really easy when you think about it.
All in all, we manage to find, at the corner of a little back alley – the whole Darjeeling seems to be a network of back alleys, it’s the modern version of Dedalos’ Labyrinth – a little house a few stories high made all in wood, and there is a sign: Ko Ko Mhendo’s Guesthouse. Oh my god ! A guesthouse and not a hotel ?! Let’s go ! I’m sweating, it’s cold, the night is almost completely here, we’ve already asked about ten places for the price of a room and civilisation seems to disappear as we go up the stories of this mountain town.
The grand-mother welcomes us with a both wary and loving smile (she’ll have to teach me how she does it because I never saw anyone else combine those two intentions in a smile), while her grandson of about 9 takes us to an amazing room: 3 metres high under the ceiling, larges windows, wood everywhere and a big bed surrounded by little Bouddha’s statues. We don’t care about the price anymore, even though the kid mentions something that is finally in our budget, and we throw our bags on the floor. We’re home.

An regularly eventful 10 days pass: a gnarley stomach bug for me, a particularly difficult-to-write blog post for Alasdair (it was worth it, that post made me cry like an abandonned kitten, well done) and just the getting-to-know-this-town process which turns out to be strange in its own way. Very touristic, but domestic, local tourists, the way of thinking is very different from what I’ve experienced up ‘til now in India: more bling-bling, more money, more consumption. The local tourists have money and they’re here to show themselves. They snap selfies at each shit break and they pay old ladies from the lower casts to carry their suitcases up the steep streets of Darjeeling. It’s another world, and even though it hurts my westerner’s eyes, I’m also really grateful to be able to confront myself to that difference in ways of thinking. It’s changing me, it’s shaping me everyday because it’s a huge reminder: my way of viewing the world is just one way of viewing the world, therefore, I know only one thing, that I know nothing. Don’t ask me which philosopher found that out before me, my high school philosophy classes were extra boring to me but this dude knew what was up.

Darjeeling is nice enough once you’ve figured out where to spend your time. First of all, there’s our little nest at Grandpa and Grandma’s, our hosts. The wake-ups are early and the mornings lazy; every other day we have boot camp, our work-out session composed of jumping jacks, push-ups and sit-ups. We work our legs as well in preparation for the trek that we’ll be starting in a couple of days. The rest of the days is divided between Sonam’s Kitchen, a small family restaurant which took us in and who serves good western breakfast food – after my estomac bug, I was not really in the mood for indian food so it was perfect to have huge slices of amazing toasted bread (!) along with hashbrown gently coated with ketchup by yours truly; after two months in India, treating myself to western food felt super nice – and Himalayan Java Café, a sort of nepali Starbucks with minimalistic furnitures and expensive beverages, but which provides the fastest internet I’ve had in India so far. Amen to that.
At night, we usually walk back to our guesthouse, just long enough for a hot-water-bucket shower and a change of clothes, and we head to Mistyck Mountain, a small restaurant owned by a charming young woman, who cooks for us amazing portions of veggies at a very low price, along with it comes delicately spiced rice. A little bit of dal (the indian lentil soup, you know this !) and we’re ready to go back under the covers with an episode of Modern Family. A few pages of whatever book we’re reading at that time and our eyes close themselves around 8.30pm. Let me tell you something: this is life.

After a few days of this program, we’re feeling well and we have all the infos we need on the Singalila Ridge Trek, so on monday, the10th of april, we bring one of our bags down to Grandpa and Grandma’s living room for them to hold on to while we’re exploring the mountains. A small detour by Sonam’s to eat our now traditionnal hashbrown, but not before saying our pagan grace that we’ve made a thing in our life a few days ago and of which we’re very proud. Don’t laugh you in the back ! It’s a great exercise to practice mindfulness and gratefulness towards the food we get to eat everyday, not everyone is that lucky and honnestly, ever since we’ve starting doing this, I appreciate life way more. Because each day I realise that I have a LOT to be thankful for. Nevermind, I’m drifting from the subject, but I think that if you’re here, it’s because you know me (or not) and you know (or not) how I tell my stories. It sometimes fly in every direction but in the end, it all works out.

I’m on the verge on finishing my plate of deliciousness when two girls walk in the restaurant and come straight to us. « You’re going to Mane Bhanjang today right ? ». In the other room of the restaurant, on the other side of the street, Victor, a french dude that we met yesterday, smiles at me and waves. The blond girl starts again: « Victor told us that you guys were leaving this morning, it might be easier to get a shared jeep if we’re more people ». She’s right, her energy is strong and all we can say is « Yeah. Perfect. », a little baffled. It’s almost mandatory to be baffled when everything turns out so perfectly and easily. The girls need to finish a couple of things before leaving, all is well because I have a card game to finish with the redhead (I like calling Alasdair this way in my own little world, because I like the fact that he is a redhead).

One card game and a kiss to Victor later and we’re on our way to the lower part of Darjeeling, where the jeeps to Mane Bhanjang -the village from which the trek starts- depart. One hour of moutain road in a crowded jeep later, the driver lets us off in front a desk where we have to present our passports and visas. It will be the first of many checkings, this zone being precisely the border between Nepal and India, the military is everywhere and frankly they look bored out of their minds, having to write down the names and nationalities of white people on a big notebook. What’s the point ? I’m not sure, but we do our part of the deal.
We also heard that we need a guide for this trek, that despite the trail being clear, it’s the rule, and if we don’t, we risk a fine. Oh well, alright. Sarah and Jo, who will forever be know at the gurls, offer that we share a guide, which means trekking for five days together. Both of them being independant travellers, they tell us how much they love to have their alone time, that we shouldn’t worry, we won’t spend all our time together. And then they talk about the most important thing: we would split the cost of the guide. Alasdair and I go sit on a porch not far from there to discuss the matter, it’s 12.30pm, we’re supposed to be back at 1.15pm in front of the guide’s office. It’s very clear to us that it’s a great idea, and that if we do have to get a guide, which is not something that makes us very happy, we might as well share him with other people. Our decision is made, we meet back with the girls at a small place serving black tea and momos (small chinese-style veggie dumpings), I get two plates of those and around 1.15pm we meet our guide: Bouddha. I like those kind of gifts from the Universe: embarquing on my first real trek in the lower Himalayas with the man already consider a life partner, two seeming-cool girls and a guide named Bouddha, how much better can this get ?

Just enough time to tighten our shoelaces and hop, we walk the couple of meters separating us from the border with Nepal. I walk accross the road to make the classic « oh my god we’re not in the same country anymore » joke. That joke will always crack me up and Alasdair gives in to the laughter after trying to remain serious. I think I’ve hit the jackpot with this guy. Once the joke is over (come on, admit that it’s a funny classic joke ! No ? Just me ? Alright …), we have to buy our 200rs entrance ticket to the Singalila National Park to have the right to walk for the next few days surrounded by a buttload of rhododendrons and magnolias and by hundred-years-old trees housing colored birds and red pandas. Just for your information, 200rs is 1,50€. Not bad.

Up we go on a long stretch of concrete road, this doesn’t make us super happy to be walking on this kind of ground when we’re surrounded by this beautiful nature, but oh well, we have to get to the top of this mountain, and if there was no road, how would the fat rich indians from Calcutta get up to the top effortlessly to take pictures and get down 30 minutes after getting there ? Ok. I know, I’m being mean on this one. The road also allows for the villages up there to get rice and other types of food. But it is true that on this first day, there’s a lot of frustration: having to have a guide, the road that keeps on throwing up jeeps making us stop on the side of the road and my body who’s not happy. 800 metres of altitude to go up in one afternoon, I know I said we’ve been doing boot camp for a few weeks but that was not enough to stop my legs and my heart from suffering. This is fucking steep, this is hard.
Four hours after setting off, a solid half a dozen of different landscapes have already come and gone, all more spectacular than the one before. My stomach, which was finally feeling better, is acting up again. The cold is definitely getting more and more present as we go up, and I already know that this experience is going to be harder than I thought. I didn’t think much actually, I just decided to go because it felt right.

When we get to the first village, Tumbling, Alasdair is frustrated, I am tired, my stomach hurts and I catch myself being angry at myself for not performing better. These are the first steps of a very good life teaching, but for now, a part of me feels guilty not to be better at this and I think that I’m taking Alasdair’s frustration personnally (even though it has absolutely nothing to do with me). All of this is still just a bud in my mind, it’s just the beginning, and those words are actually far from my mind at this moment. The sun is about to set, and the colors in Tumling, 3000m high, are amazing. Pearly pink floating on an horizon of blue, the silhouettes of the mountains that stick out on a surrealist decor. The wind blows, and down from our feet, the valley is full of blossoming rhododendrons, like explosions of stunning red and bright pink. A few magnolias white dots underline this whole mind-blowind painting. This kind of landscape makes it easier to forget about the pains of walking up, or maybe just gives them a meaning. Whatever it is, a feeling of calmness finally comes through me.
Bouddha attempts to book us into 1000 rs rooms in a lodge for rich indians, we therefore flee to go in search of a decent place to sleep in. The thing, when you travel the way I/we do, is that the more luxurious a place looks, the less you want to settle there, no matter the real price behind all of it. You just end up liking shitty places because you know that those are the places where everything happens. We end up finding a small dorm with 200 rs beds, it’s spacious and we’re the only ones in the dorm: PER-FECT. I discover for the first time the joy of taking off sweaty cold clothes from the trekking day to change into layers of warm and dry clothes. Taking off hiking shoes, especially when they’re working on their first trek, is an undescribable feeling. Blisters have started to form on my heels on this first day and what a joy, what a relief to put on big wool socks and birkenstocks (YES BIRKENSTOCKS AND SOCKS, YES) to go grab a tea in the common room, which is the only heated room in the place.
Around the table, waiting for the holy food, none of us is talking really. Tiredness comes and takes us by surprise. It’s 6.30pm and if I wasn’t that hungry, I would go to bed right away.The conversations in English are way too complicated for my poor exhausted brain, I let the words go over my head. I’m focused on Alasdair’s feet, which I’m massaging thoroughly. And at last ! The food is served. Grace has never been so short and consise. The rice is served with a huge spoon and small bits of potatoes coated in oil and spices are delicately put onto the rice. The dal makes the whole thing come together while spoonfuls of pickles enhance the taste of this maharaja-worthy dish. The first bites make me happier than ever and the flavours are just amazing. The fuller my stomach gets, the more tired my brain grows. After saying a big thank you to all the cooks in the house and to our guide, we agree on a 5am wake-up call to watch the sunrise from the viewpoint and we go up to fall flat-face on our beds, but not before Alasdair gave us all a big motivation speech to go wash our teeth. With the cold, it’s a miracle that I went back out of the room to the outside bathrooms, not that the room temperature is warmer than the outside one, but well. It’s 8.20 pm the last time someone mentions the time, the torches go off and sleep overcomes us. [Next episode on the next post *music full of suspens*]

 

All the non-credited pictures in the post have been taken by Alasdair Plambeck ©

Beliefs and what not.

I have been in Bundi for a month now, and I think it’s time that this blog became a little bit more bilingual. Of course, there’s the fact that I’ve mostly been around english-speakers for the past few weeks and I’m starting to think in english pretty hard.
And there’s the fact that, re-reading this blog made me realise how much it is about the people I meet, and the experiences I share with them. And up until now, most of them couldn’t even read what I had been writing about all of this. It feels only natural that this blog turns into a franco-english one. Probably because I’m turning franco-english.

Bundi has been good to me for the past month. Loads of people, loads of experiences. Théo, Ashley, Alex, Chirag, Annie, Raj, Neema, Romain, Charly, Alasdair. All of you, beautiful souls, crossing my path in the most disturbing, unsettling ways. As if the Universe was constantly reminding me that I might be mapping out the place because it’s fun, but the trail is also changing as I go. The Universe is funny that way. If you play, he will play even harder.

At times, it feels like the game is too strong for me, like I can’t take it anymore and I need a break. But I’m not sure how to take a break. I think I just need time by myself much much more. I don’t do it often enough. It’s a daily thing but I think I don’t do it long enough.

It’s easy to think that you know anything. It’s what’s causing me to say that I don’t know how to get out of the game. As if, there was even a game to begin with. My world is created as I go, and the Universe only answers my demands, because I know how to formulate them. But even that is a belief and it could be changed if I wanted to. I could just decide that the Universe is a friend, and that, like any other friendships I have, I can just take a moment for myself once in a while.

But, the Universe is everything at any moment. It can be on pause if I ask it to, I’m just not completely sure that it’s what I want. All that I know, is that my belief, my thoughts, create the Universe, my version of it, as I go. So maybe this isn’t mapping out. Maybe this is just talking with the Universe, gently and calmly, sipping a cup of hot lemon with It.

Maybe that’s a good way to view it for now. It allows the hunt and the game to cool down, to leave a place for calmer, gentler things. Those things I’ve been craving ever since I left last februrary. Because, I’m not only playing a game right now, I’m also allowed to have peaceful and quiet moments. Maybe it’s the adult growing in me. The voice that whispers to me that I’m not travelling, I’m just living abroad. And it is right, like all the others.

And this is probably why I’m just taking my time. I’m just following the gut feeling wherever it takes me. And sometimes, the gut feelings change as they evolve and they transform into another calling than the original one. Who cares ? The calling is just the path of Love; and there are no rules on the path of Love.

I have no idea where this post is heading, as always, because I’m not really writing, I’m just letting my hands run on the keyboard until something on the screen makes sense. Alasdair would look at me before gently and lovingly roll his eyes if he read this, because this is faaaaaaar from his way of doing this writing deal. I don’t know how it ends up making sense, but it does.

Like relationships. Going into them you don’t know what’s going to happen. So pretty soon, you start imagining a picture to know what the future will hold but that is limiting the possibilities. And quite boring after a while, trust me on this. The picture never matches the reality. So better not have any picture at all.

Following the great Unknown is a scary way. And by the way, that is a belief. But it a strong one. (and that also, was a belief, heyo !). We’re used to limitations. And the Unknown just holds so much of infinity in its core that several lifetimes wouldn’t be enough to explore it. And oh boy, you cannot try to explore the infinity, or it will shut close at your pretty face.

So how do we do ? Oh, for Christ’s sakes, I have no idea. I’m just floating along. But I’ll leave you with one word before returning to doing nothing. And that word is: vulnerabilty. Don’t ask me why.

Peace out!.

Bundi connexion

C’est pas toujours régulier les blogs de gens qui bougent beaucoup et qui ont une vie remplie. Y’a toujours plein de choses à raconter mais pas toujours l’envie de les raconter. Des fois j’écris juste pour moi, pour peut-être en faire un livre un jour. Du matériau brut, de la parole cristalline qui peut ne pas avoir sa place sur ce blog.

Ça fait bientôt un mois qu’on est en Inde, Théo et moi. C’est pour le moins intense. En Inde, l’Univers est tout sauf subtil. Il est brutal, doux, aimant, secouant, touchant mais jamais subtil. Comme quand nos bagages n’arrivent pas en même temps que nous à Goa. C’est quand même étrange que ça arrive alors que je me disais quelques heures auparavant que je n’avais plus de foyer désormais, si ce n’est mon sac à dos. Cette réalisation m’avait glacée, terrorisée, repoussée dans les plus sombres recoins de la peur. Théo a été là pour m’accompagner sur ce chemin tortueux. Et quelle récompense, d’avoir eu si peur de manière si illogique. Comme on apprécie mieux la vie et ses cadeaux après coup.

Une fois nos sacs récupérés, et après quelques jours bien difficiles que tous les backpackers connaissent, on se met en route pour Gokarna. Paradise m’attendait, toujours, telle que je l’avais laissée. Ma tente, Camille, Olivier. Théo en plus. Et ça fait du bien tout en faisant de l’étrange. Comme quelque chose de sacré qu’on ne peut pas profaner, qu’on ne doit profaner. Le rayonnement ténu, comme un fil, de ce dernier jour indien en décembre. Les souvenirs qui se mélangent, les temps qui disparaissent, les gens qui se confondent, les vies qui s’immergent. C’est assez indescriptible comme sensation de revenir sur les lieux d’un miracle. On ne savait pas qu’il s’y était passé un miracle avant de revenir, et de constater comme un manque. Une sensation qui n’est plus celle d’avant. Il manque une couleur.

Om beach nous tend alors les bras. Avec Rona, ma douce, ma tendre. Des heures à s’aimer simplement sous le soleil d’Om. Puis les anglais, puis père Teuton, puis Joschua. Toutes ces âmes magiques qui construisent tout, à tout jamais. Et Théo qui grandit, se façonne, s’érode, se râpe, se polit. C’est un spectacle ouvert 24h sur 24 pour moi, et je m’en réjouis avec toutes les fibres de mon être. Comme il est beau dans son chemin, dans sa lumière. Et quelle belle leçon pour moi, de constater que je ne suis sur son chemin que brièvement et, que d’aucune manière, je ne dois interférer avec sa voie. Et j’apprends. J’apprends à aimer, sans conditions, même lorsqu’il est en colère, même quand il est heureux, je l’aime sans modération, de manière constante en permanence. C’est un amour qui se tisse à deux, avec toute la complexité de la dualité créative et toute sa richesse aussi. Théo, une place t’appartient à tout jamais dans mon cœur, avec un rayonnement sans autre nom que miraculeux, petite boule blonde d’amour et de peau.

Bundi vint après Gokarna. 25heures de train plus tard, on descend sur le quai de Kota. L’air rajasthani caresse nos visages sales et nos cheveux encore plein de sel et de sable. Il fait bon ici, ça sent l’apaisement. Raj, Neema, Ayushi et Pari m’embrassent comme une cousine perdue de vue lorsqu’on se retrouve. Fêter mon quart de siècle avec Chirag, Annie, toute la famille et Théo. Théo aussi abasourdi que moi par l’immensité de l’Amour qui m’est offert en ce beau jour. Je rayonne, il rayonne, tout le monde rayonne, et la lumière se propage de jour en jour, de vie en vie, d’artiste en artiste.
Le chemin de Bundi ne nous a pas encore tout montré, alors on laisse les journées s’égrainer, assis au café en sirotant des citrons chauds et en mangeant du bout des doigts des paranthas, sorte de petit pain plat fourré aux légumes. C’est chaud et ça brule la gorge de plaisir, comme l’Inde, comme la Vie.

Qui sait, où la suite m’amène ? Pour l’instant, mon cerveau est libre de divaguer à tout instant. C’est vrai que pour pouvoir penser, il faut avoir du temps.

 

Is this what you dreamed , then ?

C’était comme un grésillement. Comme une interférence désagréable dans le ventre. Ça se tord, c’est pas mouvant.

Et puis, il suffit d’une chanson. D’un mot, d’une sensation posée sur une guitare à la station de métro de la 2e avenue à Manhattan. C’est mélancolique et désabusé et heureux tout ça en même temps.

Alors y’a une vanne qui s’ouvre, comme si le corps s’écartait, perdait de son existence pour ne devenir qu’un tuyau, une zone de passage. Des filaments qui s’écoulent enfin, le mouvement qui reprend. Et une envie de pleurer, comme un soulagement de voir la tristesse montrer son existence, sa vraie couleur. A travers les effluves douces de cette fumée épique qui m’amène dans des sphères agréables et teintées de pastel où tout a cette saveur douce et simple.

Où tout est tout, tout le temps. La tristesse, la joie, la colère, tout ça est vu d’un œil extérieur, par moi, par le moi d’ici. Tout a cet aspect duveteux, rose, bleu, pastel à souhaits, comme un grand film de Sofia Coppola, Marie-Antoinette.

Tout est beau ainsi, tout a cette douce saveur. L’abandon, la peur est acceptée comme une amie, comme une invitée tant attendue. Tu es venue comme tu es, je t’en remercie. Je te remercie pour ta nudité, ton authenticité vulnérable. Je m’aime tellement. Tout ce que ressens n’est que de la joie fascinée par toutes ces autres émotions. C’est simplement doux et tendre, ce n’est même pas de la joie. Je suis à la fois là et en haut. Je ressens tout et j’accepte tout avec une bienveillance sans nom, surtout quand je ne fais pas.

Je pleure. Je suis la Vie et le tuyau où passe cette dernière en elle-même et en même temps.

Nébuleuse.

Tu es qui toi ?

Parce que moi, je ne sais pas trop qui je suis. Parfois, alors, je prends un clavier et je tape les choses qui sortent de ma tête comme des filaments argentés. L’écran devient ma Pensine.

Je suis revenue d’Inde, des souvenirs plein la tête, et deux jours après avoir posé le pied en France je me suis dit que je me devais d’y retourner. Et depuis, cette histoire traine. J’en ai vaguement parlé autour de moi, du coup c’est presque quelque chose d’acquis que je vais retourner en Inde, on m’appelle la Grande Voyageuse avec envie et admiration. C’est amusant.

Sauf que ça fait plus de dix jours maintenant. Noël est passé, le Jour de l’An aussi, et je ne sais pas. Je ne sais pas ce que j’ai envie de faire. Depuis mon retour, je pense que sans m’en rendre compte, je me suis laissée glisser vers une sorte de torpeur douce, d’attente d’un retour vers le passé. Parce que, oui, retourner en Inde, c’est une manière de retourner vers le passé, vers le connu. Vers un endroit, des gens qui m’ont fait me sentir bien. Mais est-ce que c’est vraiment comme ça que j’ai envie de prendre mes décisions ?

Je n’ai pas encore réussi à trouver la motivation pour aller déposer ma demande de visa. Enfin, si. J’y suis allée et je m’étais plantée dans le dossier donc elle m’a dit de revenir demain. C’était il y a deux jours, et j’ai pas envie. Je ne suis plus sûre, mais comme j’en ai parlé autour de moi, ça a fait comme un engagement tacite. Et mon incapacité à prendre une décision quant à la suite me parait une mauvaise chose.

 

Au contraire. Je crois que je commence à comprendre, que je suis exactement au bon endroit au bon moment. Pourquoi vous avez besoin de savoir ce que je vais faire demain et où je serai dans une semaine ? Vous m’en parlez, alors ça me donne l’impression que y’a quelque chose qui cloche si je ne sais pas répondre à cette question. Mais en fait, peut-être qu’en ce moment, c’est très bien de ne pas savoir y répondre. C’est comme regarder le futur dans les yeux et lui dire “Tu es mon ami, j’ai confiance en toi.”

Mais tout le monde a tellement peur du futur, tout le temps. Et ça m’affecte aussi du coup. Moi aussi, je me mets à en avoir peur. C’est logique d’être influencé par son milieu, non ? Du coup, ça me demande un plus grand effort, de me souvenir que je ne suis rien d’autre que ce moment, maintenant. Que d’aller chercher dans mon passé une possibilité pour le futur ne fera qu’annihiler toutes les autres possibilités pour le futur.

Alors, voilà. On est le 6 janvier, il est 1h17 du matin, je ne sais absolument pas de quoi demain sera fait. Peut-être qu’à 2h26, je saurai, j’aurai un éclair d’intuition qui me dira “fais ça”. Mais à 1h17, je suis dans l’inconnu le plus total. Et ce moment est exactement ce qu’il devrait être.

Merci de vous inquiéter de la suite de mon programme, je sais que c’est un témoignage de l’amour que vous me portez, que c’est une manière d’aimer parmi toutes les autres. Et c’est un bon exercice pour moi, d’apprendre à accepter le fait de ne pas savoir, dans une société qui veut à tout prix savoir de quoi demain sera fait. Alors merci. Merci de me donner l’opportunité de m’exercer à garder mon alignement personnel même avec des gens qui ne sont pas totalement sur la même fréquence que moi. Parce que c’est ça aussi la Vie. Je veux être capable d’être dans mon alignement personnel quelle que soit la situation dans laquelle je suis. Et c’est un super challenge que j’ai ici. C’est peut-être pour ça, que j’ai pas eu envie de bouger depuis que je suis rentrée, parce qu’ici, j’ai ce challenge, qui est un des plus importants pour moi.

 

Merci à vous, tous. Merci à moi. Merci à la Vie de me permettre de ressentir toutes ces émotions, de les rejeter parfois avant de m’en rendre compte. Merci. Je veux continuer à trébucher, ça rend le truc tellement plus précieux.